Ce tueur fou qui croit avoir mis la France à genoux ne le sait sans doute pas, mais c’est au Kremlin, bien avant sa naissance, que son destin s’était joué. A la fin de l’année 1979, l’URSS est soucieuse. L’Afghanistan, Etat non aligné où elle avait un pied, sombre dans l’anarchie. Quelques années plus tôt, une révolution de palais menée par un prince pro-occidental y a renversé la monarchie. Les communistes afghans ont à leur tour renversé ce prince et si bien entrepris de bousculer toutes les traditions sociales et religieuses qu’ils font face à une puissante révolte conduite au nom de la défense de la foi.

A la frontière même des Républiques musulmanes de l’Union soviétique, l’islam ébranle ainsi un pouvoir communiste nouvellement installé. L’équilibre international comme la stabilité intérieure de l’URSS en sont menacés. Le Kremlin décide d’intervenir mais cette invasion de l’Afghanistan suscite une telle indignation des pays non-alignés et du monde musulman surtout que Ronald Reagan décide, lui, d’utiliser cette erreur de Léonid Brejnev pour infliger une cuisante et humiliante défaite aux Soviétiques. Appuyée par l’Arabie saoudite et le Pakistan, la CIA arme la résistance, mobilise des volontaires dans tout l’islam et fait ainsi de l’Afghanistan le Vietnam de l’URSS qui devra se résoudre à s’en retirer l’année même où tombe le mur de Berlin.

Les Etats-Unis avaient réussi un coup de maître qui aura beaucoup contribué à l’écroulement soviétique mais ce qu’ils n’avaient pas prévu est que ces brigades internationales de l’Islam qu’ils avaient constituées allaient donner naissance à al Qaëda et à un mythe dévastateur dont le tueur de Toulouse est l’un des derniers avatars. Toute une frange du monde musulman a alors cru que c’était la vraie foi qui avait abattu le communisme et qu’elle pourrait donc ne faire qu’une bouchée de l’autre Satan, le grand : les Etats-Unis.

Ce fut la genèse du 11 septembre et des plus sanglants attentats contre les Occidentaux et leurs alliés musulmans. L’islamisme qui n’avait d’abord été, au début du siècle passé, qu’une volonté de ressourcement du monde arabe dans son identité religieuse a ainsi sombré dans le djihadisme, dans la propagation de la Guerre sainte et de la terreur contre l’Occident. Vingt ans durant, le monde fut au bord d’un vrai choc des civilisations mais, petit à petit, la folie sanguinaire des djihadistes a détourné d’eux jusqu’aux plus radicaux des jeunes musulmans, la théocratie iranienne a perdu toute séduction, les islamistes turcs ont répudié la violence et opté pour les élections, l’année 2011 a fait voir l’aspiration démocratique d’une nouvelle génération arabe – les djihadistes ont, en un mot, perdu la partie tandis que les islamistes tournaient leurs regards vers la Turquie.

On en est là. La page djihadiste se tourne mais ce mythe anime encore des réseaux épars, notamment dans le Sahel, et fait toujours rêver quelques enfants perdus de l’immigration musulmane en Europe, des jeunes gens qui, à force de ne pas trouver leur place et de ne plus savoir ce qu’ils sont, croient pouvoir se réaliser en jouant à ben Laden et devenant des machines à tuer, des jouets de l’histoire, cette sorte de monstre qui peut tirer des soldats comme des lapins et aller assassiner des enfants à bout portant, dans une école.

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