Une guerre de trente ans, une guerre civile qui avait fait 40 000 morts et déchiré la Turquie, paraît bien s’achever aujourd’hui. De son île prison d’Imrali où il est détenu depuis 14 ans au large d’Istanbul, le chef du parti autonomiste kurde PKK, Abdullah Ocalan, a lancé hier à ses troupes un appel à déposer les armes sur lesquelles, a-t-il dit, la politique doit maintenant prévaloir.

Considéré par les Etats-Unis, l’Union européenne et, bien sûr, la Turquie comme une organisation terroriste, le PKK avait été fondé en 1978 par de jeunes étudiants kurdes qui voulaient faire reconnaître l’autonomie, voire l’indépendance, des régions d’Anatolie où domine ce peuple sans Etat qui représente quelques 20% de la population turque.

Dispersés entre l’Irak, l’Iran, la Syrie, et la Turquie, les Kurdes ont toujours été regardés avec méfiance par ces pays en raison de leur aspiration commune et séculaire à se réunir dans un Etat qui leur soit propre. Ils ont été partout discriminés et persécutés mais c’est en Turquie que leurs relations avec les autorités centrales étaient le plus difficile car c’est là qu’ils sont les plus nombreux et parce que la Turquie moderne, surtout, celle qui était née des ruines de l’Empire ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, a toujours été obsédée par la crainte d’un nouveau fractionnement. Venus de tous les coins de l’ancien empire, des Balkans comme du Proche-Orient, les citoyens turcs devaient être avant tout turcs et seulement turcs. Leurs langues et leurs particularismes devaient être ignorés et même niés au profit de la seule identité nationale sur laquelle devait se construire la République fondée par Atatürk, le père de la nouvelle Turquie, laïque et modernisatrice.

Le conflit avec la puissante minorité kurde avait donc eu quelque chose de d’inévitable et cela d’autant plus que la bataille du PKK pour les droits culturels et l’autonomie s’était doublée, à compter de 1980, d’une autre bataille, contre le pouvoir militaire qu’avait alors instauré l’armée. C’est alors que cette confrontation était devenue une guerre sans issue et puis la donne a changé, sur tous les fronts.

Issu de l’islamisme mais converti à la démocratie, l’AKP est arrivé au pouvoir par les urnes il y a 11 ans et ses succès économiques l’ont régulièrement fait réélire depuis. Ce parti qui s’est redéfini comme « islamo-conservateur » avait, de fait, un ennemi commun avec le PKK, l’armée à la fois jacobine et laïque. Il y avait là un ferment de rapprochement entre l’AKP et les combattants kurdes et, parallèlement, la Turquie a vu les Kurdes d’Irak puis de Syrie prendre leur autonomie à la faveur de la chute de Saddam Hussein et de l’insurrection syrienne. La question kurde était en train de se réveiller à l’échelle régionale.

Elle devenait plus menaçante que jamais pour l’Etat turc et son unité et, là-dessus, le Premier ministre, Recep Erdogan, a réalisé qu’il lui faudrait les voix des députés kurdes pour faire passer la réforme constitutionnelle qui lui permettrait d’instaurer le régime présidentiel qu’il veut être le premier à incarner. Tous les éléments d’un compromis étaient réunis et c’est ainsi que des négociations se sont ouvertes et qu’une guerre tire à sa fin.

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