Faut-il le croire ? Peut-on croire que l’homme qui fut si longtemps le héros de la droite et des colons israéliens, le chantre d’un Grand Israël revenu à ses frontières bibliques et l’incarnation même de l’intransigeance vis-à-vis des Palestiniens, peut-on croire que cet homme-là, Ariel Sharon, voudrait maintenant œuvrer, comme il le dit en se référant à la « Feuille de route », à la coexistence de deux Etats, vivant en paix dans des frontières mutuellement reconnues ? La question se pose, évidemment mais lorsque Ariel Sharon a commencé de parler, en 2004, de l’évacuation de Gaza, lorsqu’il a commencé à dire qu’Israël ne pourrait pas rester une démocratie en demeurant éternellement une force d’occupation, bien peu de gens voulaient entendre ce qu’il disait. « Des mots », disait-on généralement mais l’évacuation de Gaza est pourtant devenue réalité et Ariel Sharon a bel et bien rompu là avec l’ambition d’un Grand Israël. Preuve a été faite, ce jour-là, de la profondeur d’une évolution politique qui tenait, avant tout, à l’impossibilité militaire de contrôler les Territoires occupés mais le retournement d’Ariel Sharon ne s’est pas nourri que de cette prise de conscience, aussi méritoire que tardive. Entre temps, Yasser Arafat était mort. Non seulement le Président palestinien en lequel tous les Israéliens, de gauche et de droite, avaient fini par voir le summum du double jeu, n’était plus mais les Palestiniens lui ont démocratiquement choisi pour successeur une grande figure de leur lutte, un vieux sage qui avait, lui, clairement dénoncé la reprise de l’Intifada comme une erreur stratégique. Avec cette élection, l’interlocuteur changeait. Même pour un Ariel Sharon le dialogue redevenait possible et il est parallèlement apparu que les Etats-Unis, empêtrés en Irak et désireux de reprendre la main dans le monde arabe, ne se payaient plus de mots en parlant d’Etat palestinien. Et puis, dernier point, de représailles en représailles, Ariel Sharon avait réussi à épuiser les organisations terroristes palestiniennes à défaut de les avoir empêché de nuire. Sharon lui-même, les Palestiniens et la situation internationale - beaucoup de choses ont changé depuis l’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir. Tout a changé en fait et, qu’ils s’en félicitent ou s’en indignent, les Israéliens, eux, ne doutent pas que l’homme politique le plus populaire du pays, veuille bien dire ce qu’il dit maintenant. Effi Eitam, ancienne figure du Likoud qu’il avait quitté par désapprobation du retrait de Gaza, déclarait hier à la radio israélienne qu’Ariel Sharon fondait un nouveau parti « pour ramener Israël aux frontières de 1967 ». Promoteur des « Accords de Genève », du plan de règlement qu’il avait proposé, il y a deux ans, avec les plus visionnaires des Palestiniens, Yossi Beilin estime que s’ouvre « une vraie possibilité de créer une coalition conduite par le camp de la paix et comprenant d’anciens membres du Likoud qui ont compris qu’ils s’étaient trompés pendant trente-huit ans ». Les collaborateurs d’Ariel Sharon font, eux, remarquer que, s’il n’avait pas l’intention de poursuivre le désengagement des Territoires occupés, il n’aurait eu aucune raison de quitter le Likoud. Quant aux électeurs, ils sont 37% à vouloir voter Sharon, 22% pour la gauche et 15% pour un Likoud maintenant resté aux mains des seuls faucons.

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