Pourquoi ? Pourquoi Pierre Gemayel, 34 ans, ministre de l’industrie du gouvernement libanais, fils de l’ancien Président Amine Gemayel et neveu de Bachir Gemayel, le Président assassiné en 1982, a-t-il été tué, hier, à bout portant, après que sa voiture a été prise en embuscade dans une scène digne du Chicago des années trente ? Sans doute n’y aura-t-il jamais de preuve mais la réponse est limpide, atrocement, abominablement limpide. Il faut au gouvernement libanais une majorité des deux tiers de ses membres pour prendre une décision. Depuis la démission, la semaine dernière, des six ministres pro-syriens, il ne restait donc plus que deux voix pour constituer cette majorité et approuver en l’occurrence – car c’est de cela qu’il s’agit – la mise en place par l’Onu d’un tribunal international chargé de se prononcer sur l’assassinat, en février 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, meurtre dans lequel l’implication de la Syrie ne fait guère de doute. Avec la mort de Pierre Gemayel, il ne reste maintenant plus qu’une voix. Chacun des ministres survivants se sait désormais en sursis, menacé à chaque instant de subir le même sort ou tenté de se retirer pour sauver sa peau, et il n’est pas interdit de penser que, dès hier soir, des messages téléphoniques parfaitement explicites ont été adressés à plusieurs d’entre eux : « Vous avez vu ? Vous avez le choix… ». Ce à quoi l’on assiste actuellement, c'est au retour en force de la Syrie sur la scène intérieure libanaise, dans un pays qu’elle avait du évacuer au printemps 2005 après l’assassinat de Rafic Hariri et les manifestations qu’il avait provoqués mais auquel elle ne se résout pas à renoncer car ses intérêts économiques et politiques y sont trop grands et qu’elle le considère comme partie intégrante de son territoire, comme un morceau d’elle-même qui ne lui aurait été retiré que par les partages coloniaux. Alors, seconde question, pourquoi ce meurtre a-t-il pu être aujourd’hui perpétré avec un telle tranquillité alors que tout désigne ses auteurs, grands spécialistes, par ailleurs, de l’assassinat politique ? La réponse est simple. Avec la défaite qu’il a infligé cet été à Israël, le Hezbollah, le principal allié libanais de Damas, est devenu plus fort que jamais à Beyrouth et la Syrie l’est redevenue avec lui. Les rapports de force entre Libanais ont considérablement évolué depuis le printemps 2005 et la « Révolution du Cèdre » tandis que l’embourbement américain en Irak rend, parallèlement, les Etats-Unis très dépendants de la bonne volonté de la Syrie et de l’Iran sans lesquels ils ne se sortiront pas aisément de ce bourbier. Au Liban comme dans la région, la Syrie se sent forte, en position de dicter sa loi, en situation d’impunité. L’assassinat d’hier n’en sera pas la dernière manifestation. Il n’en est que la dernière en date.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.