C’est comme une course de vitesse. D’un côté, la droite américaine fait tout pour empêcher que ne se développe le rapprochement entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie. Forts de leur victoire aux élections du 2 novembre, désireux de priver Barack Obama de toute occasion de marquer un point et tentés par une réaffirmation de l’unilatéralisme américain, les Républicains opposent ainsi une force d’inertie à la ratification du nouveau traité de réduction des armements stratégiques, le traité Start conclu en avril dernier entre Washington et Moscou. Ce rapprochement, d’un autre côté, vient de spectaculairement s’accélérer, ce week-end, à Lisbonne, au sommet de l’Otan. A l’issue de cette réunion à laquelle participaient les présidents américain et russe, les pays de l’Alliance atlantique et la Russie ont en effet annoncé leur volonté « d’évaluer en commun la menace posée par les missiles balistiques ». Délai remarquablement court, ils se sont donnés six mois pour cela et cela signifie que la Russie n’a pas d’objection de principe -son président l'a confirmé- à prendre part au déploiement du bouclier anti-missiles dont l’Otan a décide de se doter. La Russie est, autrement dit, prête à s’intégrer à un système de défense qui, de facto, la ferait entrer dans une alliance militaire avec les Etats-Unis et l’Union européenne. Si ce projet se concrétisait, cela induirait un rare bouleversement de la donne internationale. Les deux ensembles les plus riches du monde, l’Amérique et l’Europe, s’allieraient au plus étendu des pays de la planète, un pays à bien des égards chaotique, tout sauf démocratique et dont l’économie recule mais, en même temps, immensément riche en matières premières et doté de cadres et de scientifiques de premier niveau. Ce bouclier sous lequel Russes, Américains et Européens pourraient se réunir est censé parer les progrès que fait l’Iran vers l’arme atomique et la maîtrise des missiles intercontinentaux. Ce n’est pas faux. Potentiellement réelle, la menace iranienne a servi de catalyseur mais le fait aussi que cette quête d’une alliance entre les pays issus, comme le dit Dmitri Medvedev, de « la civilisation européenne » exclue à la fois les pays émergents, Chine en tête, et l’ensemble des pays musulmans à l’exception de la Turquie, membre de l’Otan et candidate à l’entrée dans l’Union européenne. L’évolution du paysage stratégique tend à épouser ainsi les lignes de fracture de ce siècle. Même autrefois ennemies, les vieilles puissances font front. Elles se rapprochent face aux nouvelles mais quelles sont les chances que cette alliance soit réellement scellée ? Le premier obstacle est à Washington, au Congrès où les Républicains sont devenus majoritaire à la Chambre et où leurs voix seront indispensables, au Sénat, pour réunir la majorité des deux tiers, nécessaire à la ratification du traité Start. Le deuxième obstacle est technologique car il n’est pas encore certain que ce bouclier antimissile puisse être vraiment mis au point et le troisième est à Moscou où le rapprochement avec les Occidentaux est le tremplin de Dmitri Medvedev, donc un sujet de débat, avec Vladimir Poutine.

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