A peu près incontournable, cette trêve attendue depuis deux jours est donc intervenue hier soir mais, question, qui en sort gagnant ?

Si l’on oublie un instant les rapports de force, si l’on prend d’abord en compte la dimension humaine de ce bras-de-fer, ce sont évidement les populations israélienne et palestinienne, les familles endeuillées de Gaza qui vivaient sous les bombardements et celles de la pointe sud d’Israël qui avaient vu redoubler les tirs d’obus qui les visent en permanence. Des hommes, des femmes, des enfants respirent à nouveau. C’est l’essentiel, mais cette semaine de violences n’étant qu’un nouvel et sinistre épisode de la plus longue des guerres, il faut bien en tirer, aussi, le bilan politique.

Or, sur ce terrain-là, pas de doute : le premier gagnant est le Hamas. Ce n’est pas seulement que, grâce à l’Iran qui s’en vante et qu’il remercie publiquement, le mouvement islamiste ait réussi un fait d’armes en parvenant à lancer des missiles jusqu’au-dessus de Tel Aviv et de Jérusalem. Ce n’est pas même qu’il en ait logiquement retiré un prestige dans la population palestinienne et achevé, par là, de marginaliser son grand rival, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne.

Tout cela rehausse son statut et l’on ne saurait sous-estimer cette réalité mais le plus important et, pour lui, le plus bénéfique est qu’il soit parvenu à montrer les limites de la puissance militaire israélienne. Le fait est (et c’est au demeurant heureux car c’eut été une sanglante tragédie) qu’Israël a reculé dans cette épreuve de force devant une opération terrestre à Gaza qui lui aurait permis de décimer le Hamas mais qui aurait fait tant de victimes des deux côtés que Benjamin Netanyahou a préféré conclure cette trêve.

Il a reculé devant cet emploi-là de la force parce que l’opinion israélienne aurait pu se retourner en voyant les cercueils revenir du front, parce que l’image internationale d’Israël aurait beaucoup souffert du nombre de civils palestiniens qui auraient perdu la vie et parce que ces flots de sang n’auraient mené à rien.

Israël aurait fini par se retirer. En une poignée d’années, les tirs palestiniens auraient repris sur les agglomérations israéliennes Ce n’eut été qu’une victoire à la Pyrrhus. Benjamin Netanyahou a été assez lucide pour le comprendre et, encore une fois, c’est tant mieux, mais le Premier ministre a reconnu, ce faisant, qu’on ne pouvait pas tout faire avec une armée et que la politique, aussi, cela comptait. Dans cette crise, face au Hamas dont c’est la victoire, Israël est apparu dans l’impasse.

Le deuxième gagnant est Mohamed Morsi car cet islamiste élu à la présidence de l’Egypte s’est gagné la reconnaissance des Etats-Unis en négociant cette trêve, qu’il a ainsi redonné à son pays sa place perdue de plus grande puissance arabe et que les Egyptiens lui en seront autant reconnaissants que de ne pas les avoirs entrainés dans une aventure.

Quant au troisième gagnant, c’est Barack Obama qui a mis, avec succès, tout son poids dans la balance pour éviter que cette crise ne suscite un embrasement régional que les Etats-Unis auraient eu le plus grand mal à maitriser. Politiquement parlant, il y a trois gagnants et Israël est le perdant.

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