Les ventes aux enchères de réfugiés en Libye ont indigné les députés mais peut-être ont-ils oublié que, face aux crises, l'inaction avait un prix

L'Assemblée nationale s'est émue du sort des réfugiés en Libye, une bonne chose mais quelle action derrière ?
L'Assemblée nationale s'est émue du sort des réfugiés en Libye, une bonne chose mais quelle action derrière ? © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

C’est à l’honneur de la représentation nationale. De la France insoumise au FN en passant par l’ensemble des autres groupes, tous les députés présents dans l’hémicycle se sont émus hier des révélations de presse sur la vente aux enchères, en Libye, de réfugiés réduits en esclavage. 

    Il faut en féliciter l’Assemblée. Son indifférence, à l’inverse, eut été inacceptable mais cette émotion n’en était pas moins gênante tant il est troublant de constater qu’il faut des images à des députés pour découvrir la réalité. 

    On sait depuis longtemps, car il suffisait d’ouvrir les journaux pour le savoir, qu’en Libye comme dans le Sinaï, beaucoup des migrants sont kidnappés par des gangs qui les torturent en direct, avec leurs familles à l’autre bout d’un téléphone, pour extorquer des rançons en échange de leur vie. On n’avait pas encore vu les enchères monter sur un marché aux esclaves mais aucune des abominations, souvent bien pires encore, auxquelles donnent lieu ces migrations sont connues puisque la mer rejette chaque jour des corps sur les côtes européennes, non pas un seul enfant, une fois, dont le petit corps inanimé bouleverse un temps, mais tous les jours et en nombre. 

L’horreur est quotidienne mais l’indignation ne l’est pas et il est tout aussi troublant de voir qu’on s’émeut de voir des Africains réduits en esclavage en Libye alors que tant d’autres le sont en Afrique même, chaque jour et pas seulement en Mauritanie. 

Comme chacun de nous, à notre image, la Représentation nationale en est venue à oublier que l’Histoire restait tragique et que l’horreur n’appartenait pas qu’aux temps passés mais puisque cette émotion était évidemment sincère il faut maintenant espérer que les députés de France et de toute l’Europe se tournent vers les gouvernements de l’Union pour leur dire que faire retenir les réfugiés en Libye afin d’éviter de les voir arriver en Europe, non, n’est pas une solution acceptable à un problème dont la complexité, par ailleurs, ne peut pas être niée. 

Ces ventes aux enchères, nous en sommes un peu complices, tous, élus, citoyens et gouvernements car nous ne voulons plus de migrants et pas même de réfugiés éligibles au droit d’asile mais alors que faire ? 

Eh bien tout simplement admettre, enfin réaliser, que lorsqu’on laisse se développer des crises, on en subit les conséquences. Les millions de réfugiés syriens sont le fruit du refus des Démocraties d’empêcher Bachar al-Assad d’anéantir son peuple pour garder le pouvoir. La fuite vers le mirage européen des plus entreprenants des jeunes Africains est la conséquence directe de notre incapacité à penser et organiser une complémentarité économique entre l’Europe et l’Afrique dont nous pourrions, pourtant, tous tant profiter, Africains et Européens.

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