La ministre des Armées, Florence Parly, a appelé les Européens à s’engager aux côtés de la France dans la lutte contre le djihadisme au Sahel; une manière de construire la défense européenne par l’action, et de dépasser les polémiques déclenchées par les déclarations du Président sur l'Otan.

Hélicoptère britannique Chinook engagé aux côtés de l’armée française au Mali, en mars 2019.
Hélicoptère britannique Chinook engagé aux côtés de l’armée française au Mali, en mars 2019. © AFP / Daphné BENOIT / AFP

Après Emmanuel Macron dans le magazine « The Economist », voici Florence Parly, la ministre des Armées, dans le « Financial Times », avec un même message : l’Europe doit faire l’apprentissage de la puissance.

La ministre passe par l’Afrique pour faire passer son message : elle appelle les pays de l’Union européenne à participer plus activement aux opérations militaires contre les djihadistes dans la zone du Sahel. Ce qui se passe dans cette partie de l’Afrique constitue, selon elle, « une menace directe aux intérêts européens », avec la constitution d’un véritable « sanctuaire terroriste » aux portes de l’Europe.

Cette insistance sur la menace pour l’Europe ne vient pas par hasard : la dégradation de la sécurité dans les pays du Sahel appelle plus d’efforts, notamment pour la formation des armées africaines encore loin d’être capables de faire face aux groupes djihadistes mobiles ; mais aussi, il s’agit d’un cas d’école d’une action militaire des Européens hors du cadre de l’Otan dont Emmanuel Macron disait qu’elle était en état de « mort cérébrale ».

Certains Européens sont déjà présents aux côtés de la France au Sahel, les Britanniques avec des hélicoptères Chinook, les Allemands avec plus de mille hommes sur place, notamment pour la formation, ainsi que les Tchèques. Le mois dernier, le parlement danois a donné son accord pour l’envoi de deux hélicoptères de transport et de 70 hommes qui seront stationnés au Mali.

Mais on a bien vu ces dernières semaines que les groupes djihadistes sont très actifs dans une zone immense, à cheval sur plusieurs États, et que les armées du « G5-Sahel », le groupe des pays de la région (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ne sont pas encore capables d’y faire face. L’appel de Florence Parly s’adresse aux Européens pour renforcer les capacités de formation de ces armées.

Avec quelque 4 500 hommes dans le cadre de l’opération Barkhane, la France a la principale force de frappe dans la région, mais elle court le risque de s’y enliser sur un terrain trop vaste, et surtout, d’être perçue comme une force d’occupation en raison du passé colonial. Le syndrome afghan n’est jamais loin.

C’est donc un test pour l’Europe de la défense, c’est en tous cas ce que laisse entendre Florence Parly. Elle tempère un peu le propos cassant d’Emmanuel Macron, en soulignant que les efforts européens en matière de défense ne contredisent pas leurs engagements dans le cadre de l’Otan.

La France a lancé il y a un peu plus d’un an l’Initiative européenne d’intervention, une sorte d’Europe de la défense à la carte, qui compte 14 membres sur les 28 États de l’Union européenne. Parmi eux, le Royaume Uni, qui doit quitter l’Union mais restera membre de cette Initiative, une manière de préserver les liens de défense importants avec Londres.

Il reste de nombreux obstacles à passer avant de pouvoir vraiment parler de défense européenne. Mais après l’électrochoc des déclarations d’Emmanuel Macron, la ministre des Armées tend la main à ses partenaires pour une action commune. Une manière de faire la défense européenne en marchant, plutôt que de perpétuer des débats théologiques sans fin.

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