Le pacte de stabilité, c’est le fondement de la monnaie unique, les tables de la Loi, le texte par lequel les pays de l’euro se sont engagés les uns vis à vis des autres à ne pas laisser filer leurs déficits. Alors quand le Président de la Commission de Bruxelles, l’homme qui doit veiller au respect des accords européens, le gardien du Temple, a qualifié jeudi dernier, dans Le Monde, ce texte de « stupide », c’était un peu comme si le Pape déclarait que, tous comptes faits, le mariage n’était pas vraiment un sacrement. Il y eut comme un silence dans les capitales européennes, une stupeur - « Stupide ? Il a dit stupide ? » - mais tandis qu’on s’étranglait d’indignation dans les pays les plus vertueux, ceux qui respectent le Pacte, se donnent le mal de le faire, on approuvait à Paris, Lisbonne, Rome ou Berlin. Dans les pays qui n’arrivent plus à équilibrer leur budget, qui jettent l’éponge car ils se refusent à aggraver la crise économique pour respecter un plafond de déficit qui est essentiellement symbolique, qui aurait tout aussi bien pu être fixé plus haut ou plus bas que ces 3% du Produit intérieur brut, on s’est au contraire frotté les mains, publiquement en France, plus discrètement ailleurs. Le scandale, en fait, n’était pas tel et, après un bref instant de flottement, les marchés ne s’en sont pas plus émus que cela. Normalement, l’euro aurait dû dévisser, la confiance en la monnaie européenne s’écrouler, s’éroder à tout le moins, puisque les portes du laxisme se rouvraient mais non ! L’euro a tenu, l’euro tient car même les marchés ont parfois du bon sens et que Romano Prodi n’avait fait que dire là l’évidence. Cette règle des 3% est en effet « stupide » car elle ne pouvait être que provisoire. Elle ne pouvait être qu’un carcan momentané permettant de s’assurer que les économies de l’euro ne partiraient pas dans tous les sens en attendant qu’un politique économique commune vienne compléter la monnaie unique, qu’un gouvernement économique de l’Europe vienne contrebalancer l’indépendance et les pouvoirs donnés à la Banque centrale européenne. Qui dit monnaie, dit politique économique. Qui dit monnaie unique, commune, en l’occurrence, aux Européens, dit politique économique commune pour l’Europe. On le comprendrait sans avoir fait de grandes études mais le malheur est que qui dit politique économique commune dit aussi principes économiques communs, notamment, fiscaux. Les Européens s’y sont essayé. Ils s’y essaient depuis des années mais l’harmonisation traîne, elle bloque, entre les pays qui conservent une fiscalité forte et ceux qui s’acharnent à toujours plus réduire l’impôt, entre ceux qui imposent la fortune et ceux qui ne le font pas, entre ceux qui pratiquent le dumping fiscal pour attirer les entreprises et ceux qui préfèrent les séduire par leurs infrastructures. Il n’y a toujours pas, tant s’en faut, de gouvernement économique de l’Europe et devant le recul de la croissance, le carcan des 3% devient insupportable et stupide car ce qu’il faudrait, c’est coordonner la relance. C’est ce que voulait faire comprendre Romano Prodi. C’est ce qu’il a répété hier à Strasbourg en constatant que le Pacte est… disons dépassé.

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