Il faut analyser, comprendre mais, au bout du compte, il faut aussi trancher. Rien n’est plus absurde que d’imaginer que ces jeunes musulmanes qui, Françaises ou vivant en France, décident soudain de porter le voile sont toutes les instruments d’un complot islamiste organisé visant à mettre à bas les institutions de la République. La plupart d’entre elles, leur immense majorité, le font tout simplement parce qu’elles vivent une crise d’identité. Occidentalisées, intégrées à leur nouveau pays, déjà Françaises contrairement à leurs parents ou grands-parents qui étaient encore des étrangers fraîchement immigrés, elles se sentent coupables de s’éloigner de leurs origines, de s’assimiler. Elles veulent donc revendiquer leur part d’ailleurs et trouvent dans le voile le moyen d’exprimer une fierté, un orgueil et non pas une honte de leurs racines. Il y a, autrement dit, quelque chose d’estimable et sympathique, de courageux en tout cas dans leur geste mais comprendre n’est pas accepter. Outre qu’on n’aide pas un adolescent en acceptant toutes les manifestations de sa difficulté d’être, outre qu’on se fait et devient adulte en se confrontant à la loi, outre que la sanction fait partie de l’éducation, les problèmes de ces jeunes filles ne peuvent et ne doivent pas conduire à répudier des principes sur la valeur desquels il n’y a pas à transiger. Le premier d’entre eux est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, cette laïcité qui n’est pas l’ennemie des religions mais, au contraire, le garant de leur liberté puisque les lois d’un Etat laïc ne peuvent pas plus privilégier une foi qu’en discriminer d’autres. La laïcité est l’une des conditions de la liberté religieuse et son respect, comme toute liberté, impose des contraintes, celle de la neutralité de l’espace public notamment, de l’école en l’occurrence, où le voile musulman n’est pas plus tolérable que ne le serait tout autre signe d’appartenance religieuse aussi ostentatoire. La main de Fatima autour du cou, oui, comme la croix ou l’étoile de David, un foulard comme d’autres pourquoi pas mais ce voile qu’on ne porte même pas en Iran, ce voile qui est un drapeau, le contraire d’un signe de modestie, non, définitivement non car il y a une deuxième raison de le proscrire. Comme Jacques Chirac vient à très juste titre de le rappeler hier, ce voile est en effet une manifestation de refus de l’égalité des sexes, un autre principe à défendre, un principe sur lequel on ne saurait temporiser sans faire insulte aux femmes et tout particulièrement à ces millions de femmes musulmanes niées dans leur dignité par des régimes islamistes ou des traditions détestables. Ni la laïcité ni l’égalité des femmes ne sont des principes dont la France aurait à rougir. Elle doit donc les défendre, fût-ce au prix d’exclusions des écoles publiques et si cela fait la fortune d’établissements religieux où est le drame ? Comme des écoles catholiques trop rigoristes, leurs élèves en sortiront vaccinés contre les dévots professionnels et chacun s’en portera mieux. Une loi alors ? Une loi spécifique ? Non. Elle serait de trop. Toutes les lois nécessaires existent. Il suffit de les appliquer, de ne pas se noyer dans un verre d’eau, d’appeler un chat un chat et le voile un motif d’exclusion - comme il y en a d’autres.

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