On ne peut pas imaginer résultat plus clair et tranché. Varsovie en tête, les grandes villes se sont massivement mobilisées, au point qu’il a fallu retarder la fermeture des bureaux car les bulletins de vote avaient fini par y manquer. A l’inverse, la participation a été molle dans les campagnes, plus traditionalistes, car l’église catholique s’est tenue à l’écart de ce scrutin, aussi peu désireuse de voler au secours des frères Kaczynski, des jumeaux, que de soutenir l’un quelconque de leurs adversaires. C’est ainsi le parti des villes qui l’a emporté, hier, en Pologne, les libéraux de la Plateforme civique, par 44% des voix contre 32% aux conservateurs du Parti droit et justice des jumeaux au pouvoir mais c’est entre deux droites, profondément différentes mais également de droite, que la bataille s’est jouée. Les perdants de Droit et Justice, c’était un mélange de nationalisme et de bonnes mœurs, aussi méfiants vis-à-vis de l’Allemagne, de la Russie et de tout supranationalisme européen que viscéralement hostiles à l’avortement, au divorce et à l’homosexualité, surtout, considérée comme une perversion étrangère menaçant la jeunesse polonaise. Plus jeunes, plus modernes, plus urbains, les gagnants de la Plateforme ne sont pas non plus, et loin de là, des permissifs mais, outre qu’ils n’ont pas fait du puritanisme un étendard, ils ne sont pas obsédés par la crainte de la Russie, moins encore de l’Allemagne et certainement pas de l’intégration européenne. C’est là qu’est le premier changement apporté par ces élections car, avec ce résultat, la Pologne ne sera plus une force d’obstruction en Europe, se battant sur chaque virgule pour affirmer sa souveraineté. Ce grand pays sort, à tous points de vue, d’un passéisme plutôt folklorique mais, second changement de taille, c’est aux côtés des pays les plus libéraux que la Pologne va désormais prendre toute sa place dans l’Union. Contrairement aux jumeaux qui ne répugnaient pas au dirigisme et au patriotisme économique, la Plateforme est en effet totalement dérégulatrice, avocate du moins d’Etat et du moins d’impôt, fascinée par les succès de l’Irlande qui est passée de la pauvreté à la richesse en attirant les investissements par la réduction de sa pression fiscale. La Plateforme devra compter avec le survivant des frères Kaczynski, Lech Kaczynski, dont ces législatives ne remettent pas en cause le mandat présidentiel mais, avec la victoire de cette droite-là, c’est tout le camp libéral qui se renforce en Europe. La troisième leçon de ce scrutin est la descente aux enfers des deux gauches polonaises, celle qui est issue de la dissidence comme celle qui s’était reconstruite sur l’ancien PC. Coalisées pour l’occasion, elles n’ont obtenu que 13% des voix car l’une et l’autre ont offert leurs électorats aux conservateurs en présidant à la libéralisation de l’économie polonaise dans les années 90. L’affrontement des deux droites leur a porté, hier, un nouveau coup dans la mesure où beaucoup de leurs derniers sympathisants ont souhaité voter utile, donner leurs voix aux libéraux, contre les conservateurs.

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