Dans l’histoire de l’Union européenne, ce fut, sans doute, le premier instant de vie politique. Il y a vie politique lorsque les différents acteurs d’une scène donnée, nationale ou internationale, prennent conscience qu’ils ne peuvent agir sans tenir compte les uns des autres, sans se chercher des alliés et bâtir le rapport de forces qui leur permettrait de faire avancer leurs idées. Jusqu’à présent, cela ne se passait, dans l’Union, qu’entre les gouvernements des Etats membres, dans des tractations opaques mais, hier, c’était tout différent. Hier, Nicolas Sarkozy s’adressait, à Strasbourg, au Parlement européen, seule des institutions de l’Union à procéder du suffrage universel direct, et non pas indirect. Il y prenait la parole pour « rendre compte », a-t-il dit de l’action qu’il mène, depuis juillet, en tant que président du Conseil européen, de l’assemblée des 27 chefs d’Etat et de gouvernement, et ces deux seuls mots de « rendre compte », les premiers, disaient toute sa volonté de séduire ces élus qui souffrent tant de ne pas peser assez. La gestuelle, le ton, les vraies familiarités et la fausse humilité, cette péroraison, surtout, dans laquelle Nicolas Sarkozy a remercié le Parlement de sa « solidarité » et lui a rendu hommage pour avoir « analysé, dès le début, la gravité de la crise » financière – tout cela visait, en bon français, à se mettre les eurodéputés dans la poche, avec un objectif parfaitement clair. Fin décembre, la France cédera la présidence semestrielle tournante à la République tchèque. Le président français ne pourra plus prendre d’initiative au nom de l’Union mais, comme il a manifestement compris tout le poids qu’elle pouvait acquérir et qu’il a, pour elle, des idées qu’il entend continuer à défendre, Nicolas Sarkozy voudrait rester l’homme qui compte en Europe. Il veut pouvoir s’appuyer, demain, sur le Parlement pour bousculer le Conseil et la Commission, ce qu’il n’a pas cessé de faire depuis août. Il rêve de faire ce qu’aucun dirigeant national n’a encore jamais même tenté dans l’Union : utiliser les pouvoirs du Parlement et la caisse de résonance qu’il constitue pour faire pression sur les gouvernements et dépasser leurs jeux à huis clos. C’est à l’esquisse d’une promotion de la si frêle démocratie paneuropéenne pour gagner une bataille politique européenne qu’on a assisté, hier, et c’était une première. Dans ce discours, tellement à gauche et qui ressemblait tant à un discours d’investiture, Nicolas Sarkozy a, donc, plaidé, pour sa « refondation du capitalisme » (nouvelles règles, fin des paradis fiscaux et nouveau rapport entre les monnaies) ; pour une nouvelle gouvernance économique mondiale ; pour le respect, malgré la crise, des ambitions écologiques européennes et, surtout, avant tout, pour un pilotage coordonné de la zone euro, une politique économique commune et une défense commune des industries européennes. Il veut, a-t-il indiqué, convoquer un Conseil extraordinaire pour préparer, à 27, le nouveau Bretton Woods qu’il a impulsé. Il faut, a-t-il conclu, que l’Europe « parle d’une voix forte ».

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