Les Etats-Unis favorisent l’organisation de contacts directs entre le gouvernement afghan et certains des taliban. Ce n’était pas véritablement un secret mais le New York Times, repris hier par le Herald Tribune, vient de décrire avec forces détails comment des figures de la guérilla islamiste ont pu se rendre à Kabul pour des entretiens avec l’entourage d’Hamid Karzai, le président afghan, grâce aux forces de l’Otan qui leur ont délivré les sauf-conduits nécessaires au franchissement des lignes ou les ont même acheminé, en camions et sous escortes, voire en avions militaires. L’objectif est d’essayer de parvenir à un compromis politique qui permettrait aux Américains de commencer à se retirer de ce pays en juillet prochain, comme Barack Obama l’a annoncé à plusieurs reprises. Le président américain souhaite d’autant plus s’en tenir à cette date que les pays qui sont intervenus aux côtés des Etats-Unis sont sans cesse plus nombreux à vouloir rappeler leurs troupes au plus vite et qu’à peu près plus personne ne croit que cette guerre puise être gagnée par l'Otan. Ce que veulent, aujourd’hui, les Etats-Unis en Afghanistan, ce n’est plus y instaurer une démocratie mais pouvoir en partir sans laisser derrière eux un total chaos permettant la reconstitution d’un bunker d’al Qaëda, semblable à celui avait permis les attentats du 11 septembre. D’où ces sauf-conduits et ces pourparlers mais, si modeste que soit devenu l’enjeu, la partie n’est pour autant pas gagnée. Elle ne l’est pas car l’Afghanistan n’est pas qu’un problème afghan. A l’est et au sud des frontières afghanes, s’étend une puissance nucléaire, le Pakistan, qui considère que l’Afghanistan est son arrière cour, une « profondeur stratégique », dit-il, dont la Raison d’Etat commande de ne jamais perdre le contrôle afin de pouvoir opposer un bloc musulman à l’ennemi historique, l’Inde, autre puissance nucléaire dont il s’était séparée à la fin de l’empire britannique. C’est le Pakistan qui avait mis les taliban au pouvoir après le retrait soviétique et la guerre civile qui s’était ensuivie. Le Pakistan avait ensuite soutenu l’intervention de l’Otan parce qu’il ne pouvait pas s’opposer frontalement aux Etats-Unis qui lui fournissent une aide économique et militaire dont il ne pourrait pas se passer mais, dès lors que les Américains sont sur le départ, le Pakistan veut reprendre la main à Kabul. Or il en a tous les moyens car il n’a jamais cessé, en prévision de ce moment, de soutenir les taliban en leur offrant des bases arrières sur son territoire. Officiellement, le Pakistan combat les taliban aux côtés des Etats-Unis. Officiellement, les Etats-Unis soutiennent le Pakistan parce qu’il regarde son armée comme un rempart contre son fractionnement et son islamisation. Dans la réalité, Américains et Pakistanais se mènent une guerre de l’ombre dont l’enjeu est l’Afghanistan et qui s’aiguise maintenant car l’Amérique se cherche ses propres taliban, une dissidence sortie de l’orbite pakistanaise et qui lui permettrait de se retirer le front haut et sans que le Pakistan, aussitôt, ne s’installe à Kabul, dans un recommencement de l’épisode précédent.

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