Le sécessionnisme prospère dangereusement en Europe. Huit jours après le triomphe des indépendantistes flamands aux municipales belges, ce sont les nationalistes qui ont remporté hier les élections régionales au Pays basque espagnol. Les nationalistes conservateurs sont en tête, suivis des indépendantistes de gauche et ces deux formations devancent largement les deux partis nationaux, les socialistes comme le Parti populaire du Premier ministre Mariano Rajoy.

Cela ne signifie pas que les Basques espagnols vont demander leur indépendance sans plus attendre. Il n’est même pas exclu que la droite nationaliste préfère gouverner avec les socialistes qu’avec la gauche indépendantiste mais le fait est que les régions nationales ont de plus en plus tendance à s’affirmer dans les pays de l’Union comme si elles en venaient à considérer qu’entre elles et le niveau européen, elles pouvaient désormais se passer du niveau de l’Etat qui aurait perdu de sa pertinence.

Car il n’y a pas que les Basques et les Flamands. Les indépendantistes écossais du SNP, le Parti national écossais, ont amplifié l’année dernière leur succès aux élections de 2007 et viennent maintenant de signer, avec le Premier ministre britannique, David Cameron, un accord sur l’organisation, en 2014, d’un référendum sur l’indépendance. L’indépendantisme, le « fédéralisme fiscal », dit-on, reste puissant en Italie septentrionale bien que son parti, la Ligue du Nord, soit déchiré par les scandales et les tensions internes. Et puis il y a la Catalogne sur laquelle le vent sécessionniste souffle le plus fort.

Là-bas, les choses se sont précipitées le 11 septembre dernier, lorsque plus d’un million de personnes sont descendues dans les rues de Barcelone pour réclamer l’indépendance de cette région autonome du nord-est de l’Espagne dont le nationalisme a toujours été fort. Une semaine plus tard, le dirigeant catalan, Artur Mas, échouait à obtenir l’autonomie fiscale de Mariano Rajoy et décidait donc d’organiser des élections anticipées le 25 novembre prochain afin de renforcer sa position vis-à-vis de Madrid.

S’il y parvient, comme c’est hautement probable, son intention est de demander ensuite aux Catalans de se prononcer par référendum sur la création d’un « pays propre », expression qui évoque fortement la revendication confédérale des indépendantistes flamands. On n’en est pas à l’indépendance pure et simple, pas encore, mais l’Espagne et la Catalogne vont devoir jouer serré pour que les choses ne s’emballent pas et, même si un compromis est finalement trouvé, un relâchement supplémentaire des liens entre Barcelone et Madrid paraît maintenant incontournable.

Il n’est plus impossible que la Catalogne crée un précédent en Europe, donne par là une forte impulsion aux quatre autre sécessionnismes et en suscite ou ressuscite d’autres. Si c’était bien le cas, l’Union aurait à alors à gérer ces éparpillements et éclatements nationaux au moment même où elle abordera ses très complexes discussions sur l’évolution de ses institutions et la transformation de la zone euro en union politique.

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