Pris la main dans le sac, les Etats-Unis ne se sont pas excusés. Accusés d’avoir intercepté, en moins d’un mois, plus de 70 millions de messages mail et conversations téléphoniques de Français, ils n’ont pas même tenté de nier l’authenticité des documents publiés hier par Le Monde .

Ils ont au contraire assumé ces faits en expliquant, en substance, que leurs services de renseignement ne faisaient jamais que comme tout le monde. « Nous ne commentons publiquement aucune des activités supposées du renseignement, a déclaré la Maison-Blanche à l’AFP, (mais) nous avons clairement dit que les Etats-Unis récupéraient des données du renseignement à l’étranger du même genre que tous les pays ». Tranquilles et tout sourire, les Etats-Unis ont ainsi adopté la seule ligne de défense possible – nous ne sommes pas les seuls – et cette attitude appelle trois remarques.

La première est que l’Amérique dit vrai. Il n’est pas de pays, petits ou grands, qui ne pratiquent pas l’espionnage pour protéger leur sécurité, défendre leurs intérêts économiques ou les deux. Dans ce domaine, la seule différence entre les Etats est une question d’échelle qui ne dépend elle-même que des moyens technologiques et financiers qu’ils peuvent mettre en œuvre.

On peut le déplorer. On doit s’en indigner à chaque fois que cela devient prouvé car c’est le seul moment où l’on puisse, même provisoirement, limiter les agissements des services de renseignement mais aucun gouvernement ne peut trop jouer la vertu effarée sans s’exposer à de contre-révélations qui le mettraient forcément mal à l’aise. Réputée pour la qualité de ses propres services, pour ce que les Israéliens appellent son « charme discret », la France ne pourrait donc pas aller au-delà des protestations verbales sans prendre de risques parfaitement inutiles. Est-ce à dire pour autant qu’il ne faudrait rien faire ?

Non, surtout pas. Entre des alliés aussi proches que la France et les Etats-Unis, il y aurait là une occasion de tenter de négocier des règles de conduite, proscrivant notamment les écoutes industrielles infiniment dommageables aux économies des deux pays. Ce serait tenter là de préserver des intérêts nationaux de première importance que des alliés se devraient de respecter. Il ne serait pas aisé d’arriver à un tel accord et, moins encore, de s’y tenir mais cela vaudrait le coup d’essayer, pour peu qu’un rapport de forces le permette.

C’est la troisième remarque à faire. Les Etats-Unis n’espionnent évidemment pas que les Français en Europe. Or autant la France aurait du mal à imposer seule un rapport de forces aux Etats-Unis, autant la première économie du monde qu’est l’Union le pourrait. C’est si vrai qu’avant même ces révélations, la Commission européenne avait proposé de frapper de lourdes sanctions financières les grandes entreprises d’Internet, toutes américaines aujourd’hui, qui livreraient des données européennes aux agences de renseignement des Etats-Unis. En première lecture, le Parlement européen a adopté et durci, hier, ces propositions de la Commission. Un vrai rapport de forces est peut-être en train de s’instaurer là. A condition de savoir comment et quoi, il y a beaucoup à faire.

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