C’est la plus étrange des guerres. Occidentales et arabes, vingt-deux nations y participent, coalisées par leur refus de laisser les djihadistes de l’Etat islamique parvenir à vraiment se constituer en un Etat sunnite à cheval sur l’Irak et la Syrie. Les moyens engagés sont énormes mais non seulement cette guerre n’a pas d’objectifs communs à long terme mais des limites extrêmement étroites sont fixées aux militaires qui la mènent. Leurs aviations ne doivent pas endommager les infrastructures de l’Irak car il en reste peu à ce pays et que son gouvernement a donc mis cette condition à l’intervention de la coalition à laquelle il a pourtant fait appel. Les bombardements ne doivent pas non plus comporter de risques pour la population sunnite car l’espoir de l’ensemble des pays coalisés est d’arriver à détacher les tribus sunnites de l’Etat islamique organisation à laquelle elles ne se sont alliées que pour contrer le pouvoir irakien, dominé par la majorité chiite de ce pays. Quant aux moyens terrestres, il n’est pas question d’y recourir parce que les Occidentaux ne veulent pas essuyer de pertes et qu’une intervention sur le sol irakien des pays arabes, de pays sunnites, provoquerait immanquablement une réaction militaire de la puissance chiite qu’est l’Iran et, donc, un conflit régional dont le Proche-Orient est déjà gros. Résultat, les aviations de la coalition doivent se contenter d’empêcher les mouvements des djihadistes, mais sans toucher aux infrastructures irakiennes, et les djihadistes se fondent dans la population sunnite qu’ils organisent en toute impunité puisqu’ils y sont intouchables. Cela gèle la progression de l’Etat islamique. Ce n’est pas rien. C’est beaucoup. C’est même indispensable et parait maintenant marcher à Kobane - c'est la bonne nouvelle de ces derniers jours - mais, tant que ces limites s’imposeront à elle, cette guerre restera ingagnable.C’est le constat auquel sont parvenus les militaires de la coalition réunis il y a huit jours à Washington. Les djihadistes pourraient bel et bien s’enraciner dans un bastion sunnite irako-syrien et le seul moyen de l’empêcher serait que les coalisés trouvent un accord sur l’avenir de l’Irak et de la Syrie. Or on en est loin, très loin, tant leurs objectifs sont divergents. L’Iran veut conserver sa mainmise sur l’Irak et la Syrie grâce à leurs régimes contrôlés par des chiites. Les monarchies pétrolières veulent, au contraire, combattre l’influence iranienne dans ces deux pays en obtenant une large autonomie pour la minorité sunnite d’Irak et le contrôle de la Syrie par ses sunnites majoritaires. Quant à la Turquie, elle ne veut pas que le Kurdistan syrien se détache de la Syrie et ne réveille, par là, l’indépendantisme de ses propres Kurdes. Comme les monarchies, la Turquie veut donc que les sunnites prennent le pouvoir à Damas afin d’y restaurer l’unité du pays. Cela s’appelle un imbroglio, et il sera durable.

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