Parier sur Mohammed ben Salman, comme l'a fait Donald Trump, était risqué mais pouvait se défendre si l'on a en tête quelques principes de "real politik". Le problème est que MBS est une "carte folle" dans un jeu moyen-oriental qui n'en avait pas besoin.

Il faut revenir sur l'affaire Khashoggi mais du point de vue américain, parce qu'au fond, il n'y a que celui-là qui compte. Les Etats-Unis sont le seul véritable allié de l'Arabie saoudite et l'empressement de Donald Trump à se rendre à Ryad au début de son mandat n'a fait que renforcer cette donnée de base.

Commençons par expliquer que le pari de Trump – miser sur le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamed ben Salman - n'était pas forcément stupide. Dans un Moyen-Orient marqué par les révolutions printanières, le régime saoudien est un havre de stabilité.

Je raisonne en termes de « real politik », c'est à dire froidement. Ensuite, l'Arabie saoudite est le seul pays au monde capable rapidement d'augmenter ou de réduire ses livraisons de pétrole et donc de peser sur le prix du baril que Washington souhaite bas.

Enfin, l'Arabie saoudite, c'est un portefeuille sans fond. Le seul de la région à pouvoir financer une « pax arabica » que les Etats-Unis rêvent d'instaurer. Enfin, le fait que le pouvoir soit concentré entre les mains d'un seul homme simplifiait les relations.

Soutenir une dictature féroce...

Ce n'est pas la 1ère fois que les Etats-Unis – et l'Occident – soutient des dictatures. Il y a même une théorie pour justifier cette complaisance : celle du « despote éclairé » qui veut que les dictatures, du moment qu'elles réforment, sont, à long terme, positives.

Après tout, ces régimes sont a l'abri des pressions populaires et de celles des groupes d'intérêt. C'est une théorie qui a longtemps été défendue par Samuel Huntington. Mohammed Ben Salman, prince héritier et autocrate semblait remplir toutes les cases :

Il avait un plan de développement à faire valoir, sa fameuse « vision 2030 », l'argent pour le mettre en musique et même des gages réformateurs à donner tout de suite : l'autorisation des concerts et des cinémas, le permis de conduire pour les femmes.

Le problème c'est que cette théorie du « despote éclairé » n'a jamais vraiment prouvé sa validité. Les dictatures ou les totalitarismes ont toujours abouti à des catastrophes, de Mussolini à Staline et passant par Ferdinand Marcos aux Philippines ou Pinochet au Chili.

Rejeter le dictateur et adopter la démocratie...

On peut penser à la Corée du Sud et même pour reprendre les exemples précédents ,aux Philippines et au Chili. Mais ça n'a été possible que précisément lorsque ces dictatures ont perdu le soutien de Washington...

Et aujourd'hui encore, elles souffrent toutes de structures rigides héritées de ces périodes dictatoriales. Pour revenir sur l'Arabie saoudite, il était pourtant facile de voir que le prince héritier était un carte folle à jouer dans le contexte moyen-oriental :

Dès 2015, sa guerre personnelle contre les Houthis au Yémen voisin n'a admis aucune pitié, aucune stratégie autre que celle du marteau piqueur : des dizaines de milliers de morts, un pays ruiné juste pour une obsession : celle de l'Iran que le prince voit partout.

De la même façon, son blocus du Qatar est une idée presque infantile ! Elle a même réussi à faire passer le Qatar pour une victime ! Ce qui est un comble. Enfin, ses méthodes qui allient coercition et emprisonnement de dissident n'ont jamais varié.

L'Arabie saoudite n'a jamais été – ni de près ni de loin – une démocratie mais elle était jusqu'à 2015, dirigée par un collectif délibératif et cauteleux d'une centaine de princes. Aujourd'hui, elle se retrouve entre les mains d'un satrape oriental cruel et déterminé.

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