Le Président des Etats-Unis et le Secrétaire-général de l’Organisation des Nations-Unies viennent de se traiter, hier, de tous les noms. Ils ne se sont, bien sûr, jamais pris à partie. La dignité de leurs fonctions comme la solennité de l’Assemblée générale de l’Onu le leur interdisaient mais, d’un bout à l’autre de leurs discours, ils n’ont fait que dire blanc quand l’autre disait noir, que se répondre, vision contre vision, que se traiter entre les lignes mais clairement, l’un de dégonflé, l’autre de hors-la-loi. Piqué, la semaine dernière, par Kofi Annan qui avait déclaré « illégale » l’intervention américaine en Irak, Georges Bush fait front. « Le conseil de sécurité, dit-il, avait annoncé que les défis du dictateur irakien auraient de sérieuses conséquences. Les engagements que nous prenons doivent avoir un sens, poursuit-il, et une coalition de nations a donc fait respecter les justes demandes du monde (car) notre pleine mission de membres des Nations-Unies est de mettre en pratique nos idéaux ». Puisque vous, la majorité de l’Onu, n’avez pas été capables de passer aux actes pour défendre notre loi commune, dit en d’autres termes le dirigeant de la première puissance du monde, nous l’avons fait, nous, non pas illégalement mais dans l’intérêt de la loi. Cela revient à dire que si la loi n’a pas suffisamment condamné un coupable, il est légal de le lyncher, de prendre la justice entre ses mains, et c’est bien cette thèse que Georges Bush va soutenir tout au long de son allocution en expliquant que « le monde demande une nouvelle définition de la sécurité fondée sur la progression des droits du genre humain ». A l’heure où l’Irak s’enfonce dans un chaos sanglant, il reprend d’un bloc et l’amplifie toute la théorie selon laquelle la démocratisation de l’Irak assurera celle de tout le Proche-Orient et jure que l’Amérique ne reculera pas devant le terrorisme car si ses réseaux redoublent de coups c’est qu’ils ont, eux, compris tout l’enjeu de cette guerre. C’était un discours fort, fort comme une logique interne, et auquel Kofi Annan avait répondu d’avance en rappelant que tous les efforts de l’humanité avaient tendu depuis les temps les plus reculés à ce que l’ordre soit régi non pas par la loi du plus fort mais par la force de la loi. Grave, constatant, récents exemples à l’appui, que « l’état de droit est en péril aux quatre coins du monde », le secrétaire-général martèle, lui, que c’est l’application des traités de désarmement et de leurs clauses de vérification qui prémunira le mieux contre la prolifération des armes de destruction massive ; que c’est l’application de la loi qui privera les terroristes de ressources et de refuges et que c’est en appliquant impartialement la loi qu’on résoudra les conflits anéantissant des sociétés entières. « C’est en respectant rigoureusement le droit international que nous pourrons protéger les innocents », conclue-t-il avant d’ajouter : « L’Histoire nous jugera sévèrement si nous renonçons à nous acquitter de cette tâche ou pensons pouvoir en être dispensés pour des raisons de souveraineté nationale ». C’était, à l’échelle du monde, le vieux débat entre le juge et le shérif.

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