A dos d’ânes ou de chameaux quand il n’y a pas de routes, c’est-à-dire le plus souvent, en camions autrement, les urnes sont maintenant acheminées vers les trente-deux centres de dépouillement régionaux. Il ne faudra pas moins d’une vingtaine de jours pour connaître les résultats des élections parlementaires afghanes de dimanche mais c’est sans attendre que le président élu il y a un an, Hamid Karzaï, l’homme que les Etats-Unis avaient mis en place après la chute des taliban, vient de demander, mardi, à ses parrains de se faire plus discrets dans son pays. «Nous ne pensons plus, a-t-il déclaré, qu’il existe aujourd’hui une menace terroriste sérieuse. L’Afghanistan a maintenant une constitution, un Parlement et une nation qui participe à la construction de son avenir », a-t-il ajouté en souhaitant donc que cessent les bombardements aériens et les fouilles de maisons sans autorisation des autorités nationales. Hamid Karzaï vient, autrement dit, de demander aux Américains de ne plus se comporter chez lui comme chez eux. Avant même qu’un Parlement ne siège, il prend ses distances vis-à-vis des Etats-Unis. Il s’affirme en garant légitime de la souveraineté afghane et se fait l’interprète de son peuple pour la bonne raison qu’il ne veut pas être emporté par le désenchantement qu’on voit monter dans le pays. Il y a quatre ans, les Afghans avaient beaucoup espéré de l’intervention américaine. Non seulement elle les débarrassait des Taliban qu’ils ne regrettaient certainement pas mais la plus riche des grandes puissances occidentales allait, pensaient-ils, reconstruite leur pays dévasté par vingt ans de guerre, leur faire rattraper leur retard, leur apporter stabilité, bien-être et modernité. Le temps a passé. Les routes ne sont pas au rendez-vous, pas même en chantier. Seuls 6% des Afghans ont l’électricité. Non seulement le bien-être se fait attendre mais Hamid Karzaï, préférant comme il l’explique lui-même, l’apaisement à la justice, a tendu la main à tous les anciens chefs de guerre et pas un seul responsable des exactions de ces vingt dernières années n’a eu de compte à rendre. Il y avait une sagesse dans ce pragmatisme. Mieux valait cette impunité qu’un rebond de la guerre civile que la présence américaine n’aurait pas empêché mais, pour les Afghans, le bilan est maigre. Les criminels d’hier sont devenus les gouverneurs et les fonctionnaires d’aujourd’hui. La corruption règne en maître et, sur cette toile de fond, les Américains poursuivent une chasse aux terroristes, réseaux de Ben Laden et taliban qui relèvent la tête, en bombardant et ratissant à l’aveugle les villages supposés suspects. Seule une moitié des électeurs s’est déplacée dimanche alors que les trois quarts d’entre eux avaient participé à la présidentielle d’octobre 2004. Les violences redoublent et, quels que soient les résultats de ces législatives, le futur Parlement se fera forcément l’écho d’un malaise qu’Hamid Karzaï a voulu préempter mardi. L’Afghanistan n’est pas l’Irak mais la démocratie ne se bombarde pas du ciel.

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