La première fois que les dirigeants français, allemand et russe s’étaient réunis à trois, c’était pour tenter d’empêcher la guerre d’Irak. Depuis, cette guerre a eu lieu et, devant le chaos sur lequel elle a débouché, la perplexité est aussi grande aux Etats-Unis qu’en Europe. Ni Paris ni Moscou ni Berlin n’ont plus d’idées que Washington sur la manière de solder cette aventure alors pourquoi Jacques Chirac, Angela Merkel et Vladimir Poutine se retrouvent-ils demain au château de Compiègne ? La première raison en est que le chaos irakien a si bien paralysé la diplomatie américaine qu’un vide s’est créé sur la scène internationale, que l’Union tend à le remplir en s’interposant au Liban et en prenant la main sur le dossier iranien et que les Européens ont besoin de se concerter avec Moscou sur ces deux dossiers internationaux car, maintenant que les Etats-Unis ne se risqueront plus à de grandes initiatives sans l’assentiment de l’Onu, la voix de la Russie pèse à nouveau lourd au Conseil de sécurité. C’est cette réalité que traduit le sommet de Compiègne et si ce n’est pas l’Europe en tant que telle mais Angela Merkel et Jacques Chirac qui vont avoir ces conversations avec Vladimir Poutine, c’est que, dans la crise institutionnelle qu’elle traverse, l’Union en revient, de fait, à cette locomotive franco-allemande qui l’a toujours pilotée et sortie des ornières qui ont semé sa route. La toile de fond de Compiègne, ce sera l’essoufflement américain, la panne de l’Union et, en même temps, cette affirmation de l’Europe et de ses capitales comme nécessaire et irremplaçable acteur d’un monde instable. S’il y a, aujourd’hui, de fragiles possibilités de compromis sur le nucléaire iranien et de reprise d’un dialogue israélo-palestinien s’est largement, avant tout, grâce à l’Europe et aux impulsions que lui a données la diplomatie française mais ce ne sera pas le seul sujet de la réunion de demain. Non seulement la Russie fournit à l’Europe près d’un tiers de sa consommation de gaz mais elle est également en pleine mutation. Une pierre après l’autre, Vladimir Poutine reconstruit un Etat fort en Russie, un régime autoritaire qui n’a plus grand-chose à voir avec le communisme mais laisse peu de marges au pluralisme et replace les richesses nationales sous contrôle public. Il y a des élections mais qui n’ont de libres que le nom. Il y a un secteur privé mais rien de ce qui est stratégique, notamment l’énergie, première richesse du pays, n’échappe plus au Kremlin. Dans ces conditions, les échanges économiques, gaz et pétrole en tête, relèvent du dialogue politique et cela d’autant plus que la Russie n’entend plus laisser les entreprises étrangère, fussent-elles européennes, vendre et investir chez elle sans en tirer de contreparties. Elle ne veut plus, par exemple, acheter d’Airbus sans entrer au capital d’EADS dont elle a déjà acquis 5% des actions. Ce difficile rapport avec la SA Russie sera l’autre grand sujet de Compiègne.

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