Le Parlement votera aujourd’hui. Ce sera, donc, « oui » ou « non » et selon toutes probabilités « oui » à la poursuite de l’engagement militaire de la France en Afghanistan mais ni le « oui » ni le « non » ne sont, pourtant, de bonnes réponses. On ne peut pas souhaiter que députés et sénateurs votent « non » car un retrait de la France en entraînerait bientôt d’autres, qu’il n’y aurait rapidement plus personne pour s’opposer à un retour au pouvoir des taliban et que cela signifierait, à court terme, que l’Afghanistan aurait tôt fait de redevenir ce qu’il était au moment des attentats du 11 septembre, la place forte du terrorisme islamiste, le bunker à partir duquel al Qaëda pourrait organiser de nouveaux coups de main sanglants. On pourrait d’autant moins s’y résigner que ce qui serait alors une victoire des talibans et de leurs alliés d’al Qaëda viendrait renforcer un mythe dévastateur extrêmement répandu dans tout l’Islam radical. Depuis que l’URSS avait été contrainte de se retirer d’Afghanistan par la guérilla qu’y menaient contre elle les volontaires venus de tous les pays musulmans, les islamistes sont convaincus que ce sont eux, les bras armés de la vrai foi, qui ont eu raison de l’Union soviétique. Ils oublient là que ces brigades internationales de l’Islam n’auraient pas beaucoup pesé sans les armes américaines, l’argent saoudien et le soutien logistique du Pakistan. Ils oublient, surtout, que ce sont ses contradictions internes et non pas sa défaite afghane qui ont fait imploser l’URSS mais les islamistes, c’est ainsi, croient avoir abattu le communisme et c’est ce mythe qui les a persuadés qu’ils n’auraient pas plus de mal, demain, à vaincre le Satan restant, les Etats-Unis et, derrière eux, l’Occident. Sauf à se préparer à des décennies de troubles, il ne faut rien faire qui puisse conforter cette idée, certainement pas fuir l’Afghanistan, mais la solution n’est pas, non plus, d’y rester. Les armées de l’Otan perdent pied dans ce pays. Les taliban contrôlent désormais la moitié de l’Afghanistan car les hommes et l’argent que les Etats-Unis auraient du consacrer à sa reconstruction et sa stabilisation ont été utilisés dans l’aventure irakienne. Il est trop tard pour revenir sur ces années perdues car les Occidentaux sont maintenant considérés comme des occupants qui n’apportent aucun bien être mais la guerre. Cette guerre, car c’en est une, est en un mot perdue. Il n’y a plus en Afghanistan qu’à faire la part du feu, qu’à renoncer à la chimère de la construction d’une démocratie et à accepter tout pouvoir qui garantirait de ne pas laisser les mains libres à al Qaëda. Cela passe – les faits sont là – par de difficiles négociations, d’une part avec les plus réalistes des talibans et, de l’autre, avec les services secrets pakistanais qui sont une force incontournable dans ce pays où ils veulent peser afin d’opposer un front pakistano-afghan à la puissance indienne. Il ne faut pas partir mais penser à le faire et organiser les conditions de ce départ.

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