Un scénario se dessine. Entre les petites phrases des uns et des autres – des Palestiniens et des Français essentiellement – on voit s’esquisser les artifices diplomatiques grâce auxquels la demande de reconnaissance de leur Etat par les Palestiniens pourrait, peut-être, ne pas faire monter la tension au Proche-Orient et remettre sur les rails des négociations de paix actuellement au point mort.

Le signe le plus encourageant est venu des Palestinien lorsqu’ils ont déclaré hier que leur président, Mahmoud Abbas, était disposé à « donner du temps au Conseil de sécurité » pour examiner la demande d’entrée d’un Etat palestinien à l’Onu. Cela signifiait que l’Autorité palestinienne ne voulait pas acculer les Américains à utiliser leur droit de veto, qu’elle ne voulait pas jouer une épreuve de force qui aurait inutilement et dangereusement tendu les relations entre le monde arabe et les Etats-Unis et préférait rester en bons termes avec la Maison-Blanche pour ne pas injurier l’avenir.

Les Palestiniens donnent du temps au temps comme Tony Blair les y appelait en coulisses depuis une semaine mais s’ils ont ainsi assoupli leur position c’est parce que la France les y a incités en faisant un vrai pas dans leur direction. Par la voix de son président, la France s’est déclarée en faveur de l’octroi par l’Onu d’un statut « d’Etat observateur » à la Palestine, d’un statut comparable à celui dont bénéficie le Vatican et qui reconnaîtrait donc l’existence d’un Etat palestinien mais sans déjà l’admettre comme Etat membre des Nations-Unies. Comme l’a dit Nicolas Sarkozy, ce serait un « progrès vers le statut final » mais, au-delà de cette satisfaction symbolique donnée aux Palestiniens, c’est un véritable marché que leur a proposé le président français et qu’ils semblent en voie d’accepter.

Ce que Nicolas Sarkozy leur a dit entre les lignes de son discours c’est que la France ne pouvait pas souhaiter l’octroi de ce statut d’observateur sans le voter le jour où il serait mis aux voix, que la Palestine pourrait ainsi compter sur la France et les voix qu’elle peut mobiliser pour opérer une percée qui ne requiert pas l’aval du Conseil de sécurité mais seulement une majorité à l’Assemblée générale mais que les Palestiniens, en échange, devaient ne pas engager immédiatement d’épreuve de force au Conseil de sécurité sur leur admission et faciliter la reprise, sous un mois, de négociations avec Israël pour arriver à un accord sous un an.

Et là, s’étant fait l’avocat des Palestiniens, le président français leur a demandé, explicitement ou implicitement, d’arrondir les angles avec Israël en renonçant à toute pré-condition à la reprise de négociations, en s’engageant à ne pas utiliser leur éventuel statut d’Etat observateur pour porter la question de la colonisation devant la Cour pénale internationale et en réaffirmant le droit d’Israël à l’existence et la sécurité. D’une phrase, Nicolas Sarkozy a ensuite donné satisfaction aux deux parties en disant que l’objectif final était la reconnaissance de « deux Etats nations pour deux peuples » (l’exigence israélienne) sur la base (exigence palestinienne) des « lignes de 1967 ». C’était du cousu main mais rien n’est fait.

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