Tout sépare, tout oppose l’Arabie saoudite et l’Iran. L’une est le plus riche des pays sunnites, l’autre est le plus puissant des pays chiites. L’une est une monarchie, l’autre une république, une république islamique où le vrai pouvoir appartient au clergé mais une république, pourtant, ennemie déclarée des trônes et issue d’une révolution contre une dynastie impériale. Ces deux régimes se haïssent d’autant plus qu’il y a, entre les deux pays, un antagonisme plus que millénaire et que la marche de l’Iran vers l’arme atomique inquiète profondément l’Arabie saoudite mais hier, à New York, leurs ministres des Affaires étrangères ont pourtant eu de longs entretiens, qualifiés de « nouvelle page » par les Iraniens tandis que les Saoudiens évoquaient « les indéniables effets » d’une coopération sur « la paix et la sécurité de la région ». Ces deux pays se rapprochent. L’impensable se produit au moment même où chiites et sunnites sont en conflit ouvert dans tout le Proche-Orient et la raison en est leur commune crainte de l’Etat islamique. Bien que sunnite, cette organisation d’illuminés sanguinaires contrôlant une si grande part de l’Irak et de la Syrie fait aussi peur aux Saoudiens qu'aux Iraniens - aux premiers parce qu’elle n’a qu’hostilité pour cette monarchie alliée des Occidentaux et aux seconds parce qu’elle voudrait fonder un Etat sunnite à cheval sur la frontière syro-irakienne. Entre Riyad et Téhéran, tous les antagonismes demeurent mais, contrairement aux Occidentaux qui ne veulent pas intervenir au sol contre l’Etat islamique, les forces iraniennes le font, en Irak comme en Syrie, directement ou par l'entremise de leurs supplétifs chiites du Hezbollah libanais. C’est de cette réalité que les Saoudiens ont tiré la conclusion hier et le fait est qu’ils ne sont pas les seuls. Sur ce dossier, les Etats-Unis sont en contact politique étroit avec Téhéran et, militairement parlant, l’armée irakienne assure une coordination qui ne peut pas encore être ouverte entre les efforts américains et iraniens. La France, parallèlement, plaide depuis l’été en faveur d’un enrôlement de l’Iran dans la coalition contre l’Etat islamique auquel les Saoudiens s'pposaient il y a encore dix jours et les présidents français et iranien vont bientôt se rencontrer en marge de l’Assemblée générale de l’Onu. Ce rapprochement de l'Iran avec les Saoudiens s’inscrit ainsi dans un rapprochement plus général avec les Occidentaux et cela bouleverse la donne nucléaire car, même en cas de blocage sur ce dossier, les Iraniens ont moins que jamais à craindre des bombardements américains de leurs sites. C’est une fulgurante montée en puissance que l’Iran est en train d'opérer.

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