On le voit mieux hors de France que de France. Parce que la France, tout en prônant l’accueil des réfugiés par l’ensemble de l’Union, n’a pas pris leur défense avec autant de vigueur qu’Angela Merkel, parce la France ne se trouve ainsi pas dans une opposition aussi frontale que l’Allemagne avec les pays de l’Est de l’Union qui sont, eux, plus que réticents à toute idée d’accueil, c’est à la France qu’il revient aujourd’hui de faire triompher l’esprit de compromis que cette crise demande aux 28.

Or le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas simple. La Grèce et l’Italie, les deux pays dont la géographie a fait les principaux points d’entrée des réfugiés en Europe, acceptent l’idée que l’Union installe sur leur territoire des points de contrôle où faire le tri entre réfugiés politiques éligibles au droit d’asile et migrants économiques qui, eux, ne le sont pas. Grecs et Italiens l’acceptent mais seulement en principe car ils craignent, en pratique, que ces hot spots - c’est ainsi qu’on dit - ne deviennent vite d’immenses camps à leur charge parce que la répartition des réfugiés entre Etats membres de l’Union ne se ferait pas, ou pas assez vite, et qu’il n’y aurait pas assez de moyens européens pour renvoyer les migrants économiques dans leur pays d’origine.

« Oui, mais…», disent la Grèce et l’Italie tandis que la Hongrie, troisième des grands points d’entrée dans l’Union, refuse tout net d’autoriser la création d’un hot spot européen sur son sol car elle ne veut que fermer ses frontières aux réfugiés contre lesquels elle mobilise désormais son armée car ils menaceraient, dit-elle, « les racines chrétiennes de l’Europe ». La Hongrie devient un cas dans l’Union mais, pour l’heure, des hot spots à la répartition des réfugiés en passant par le renforcement des frontières extérieures de l’Union et le renvoi effectif des migrants économiques, les 28 ministres de l’Intérieur auront aujourd’hui pour redoutable tâche d’adopter un plan d’ensemble qui soit assez cohérent et convaincant pour emporter l’adhésion générale.

Hongrois ou pas, ils devraient y arriver, mais ce n’est pourtant pas joué d’avance parce que des considérations électorales inhibent beaucoup des gouvernements des 28 et que plusieurs des pays de l’Est ne veulent pas entendre parler de grilles de répartition automatique de peur qu’elles ne créent un précédent. Chacun sait que, s’il n’y avait pas de compromis, c’est alors que la question des réfugiés deviendrait ingérable. Personne n’ignore que, si l’Union ne savait pas faire face à ce problème qui n’est pourtant guère sorcier, elle se tirerait dans le pied et que tout le monde aurait à y perdre. C’est la raison de croire à un accord mais il n’est, non, pas encore certain et c'est grave.

C’est très grave car l’Union se réunit en sommet demain. Faute d'un compromis acquis aujourd'hui, ce ne serait plus les ministres mais les chefs d’Etat et de gouvernement qui se déchireraient, devant leurs opinions et à la face du monde, au lieu d’officialiser un accord et d’annoncer une aide en faveur des Syriens réfugiés dans les autres pays du Proche-Orient, le seul vrai moyen d’éviter que ce ne soit en Europe qu’ils ne cherchent leur salut.

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