On dit « impuissance », mais le mot est inexact.

C’est du déshonneur des gouvernements et des institutions internationales qu’il faut aujourd’hui parler à propos du drame syrien, de « l’enfer syrien » dit le secrétaire général des Nations Unies, car il est honteux, inacceptable, inconcevable de laisser se poursuivre un conflit qui a déjà détruit un pays, fait plus de 300 000 morts, jeté sur les routes et la mer quelques cinq millions de déplacés et réfugiés, un conflit qui s’est internationalisé et menace toujours plus d’embraser le Proche-Orient.

Oui, dira-t-on, mais qu’y faire puisque la situation est bloquée ?

Elle l’est en effet mais il y a des raisons à cela qui sont d’abord, avant tout, principalement, que la Russie et les Etats-Unis jettent de l’huile sur le feu, la première par aventurisme et les seconds par frilosité.

Profitant de l’inaction américaine, Vladimir Poutine est intervenu en Syrie parce qu’il voulait que la Russie reprenne pied dans une région où elle ne comptait plus et retrouve ainsi un rang d’égal des Etats-Unis sur la scène internationale. Bon…

Ca ne simplifiait pas les choses mais de cette intervention pouvait sortir un bien pour peu qu’ayant sauvé le régime de Damas de l’écroulement, le président russe se fasse l’artisan d’un compromis politique et donne à son pays l’aura d’un faiseur de paix. Il en aurait encore tous les moyens mais que fait-il ?

Il ballade les Américains d’interminables négociations en trêves éphémères et ne poursuit qu’un seul but : l’écrasement de l’insurrection contre laquelle son aviation concentre toutes ses frappes depuis douze mois. Ce que Vladimir Poutine veut, il faudrait désormais être aveugle pour ne pas le voir, c’est redonner un tel avantage militaire à Bachar al-Assad que le boucher de Damas puisse s’en tirer, le jour venu, en offrant deux strapontins ministériels à des oppositionnels qu’il aurait agréés.

Si cela était possible… Eh bien, tant pis pour la morale, mais ce calcul est totalement irréaliste. Bachar al-Assad ne reprendra pas le contrôle de son pays parce que cette guerre s’est maintenant transformée, d’une part, en un affrontement entre la minorité alaouite dont il est issu, une branche du chiisme, et les plus de 60% de sunnites que compte la population syrienne, et en lutte d’influence régionale, d’autre part, entre l’Iran chiite et les pays sunnites. Se croyant maître du jeu, Vladimir Poutine entraîne le Proche-Orient et le monde vers les plus grands dangers avec une effarante irresponsabilité.

Quant aux Etats-Unis, ils sont à peine moins coupables, coupables d’être intervenu en Irak alors qu’il ne le fallait pas et de ne pas intervenir en Syrie alors qu’il le faudrait.

Parce qu’ils n’ont plus guère besoin du pétrole proche-oriental, ils ne se soucient que de Daesh et perpétuent une situation totalement déséquilibrée dans laquelle l’insurrection n’a pas de soutiens tandis que Bachar al-Assad a la Russie pour lui. Cela conduit à ce chaos toujours plus sanglant et inquiétant dont il ne peut pas sortir de vrai compromis.

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