Où l'on voit les raisons du recul, en France et dans toute l'Europe, des droites europhobes

Il n’y a pas que la France. En France, le Front national vient une fois de plus de se déchirer avec le départ de Florian Philippot mais c’est dans toute l’Europe, avec une exception allemande, que les nouvelles extrêmes-droites s’essoufflent et patinent après un moment d’ascension qui semblait irrésistible.

C’est vrai de la Grande-Bretagne à la Scandinavie en passant par les Pays-Bas et la première raison en est que ces formations avaient réuni en leur sein et dans leurs électorats des courants extrêmement différents. Elles abritaient, tapis dans l’ombre mais très actifs, des néo-nazis, de nouveaux nazis antisémites et convaincus de la supériorité des Blancs et de l’infériorité des autres races, mais ces dangereux crétins n’auraient pas pesé grand-chose si les nouvelles extrêmes-droites n’avaient pas aussi mobilisé deux autres courants, autrement plus présents dans l’opinion européenne.

Le premier est le souverainisme, ce rejet de l’idée même d’unité européenne jugée contraire au patriotisme et à la défense des intérêts nationaux. Le second est l’hostilité à toute évolution du droit du travail, des règles sociales et de l’équilibre entre public et privé, à l’égard, en un mot, de ce qu’on appelle hâtivement le « libéralisme ». Dans un cas, l’on défend la souveraineté nationale, dans l’autre, les acquis sociaux tels qu’ils avaient été définis durant les Trente glorieuses.

Le rejet de l’immigration, de l’islam et même des réfugiés cimentait tout cela sous un même enduit patriotique et national mais il n’en restait pas moins que ces formations réunissaient de francs thatchériens et d’authentiques défenseurs de la protection sociale et de l’Etat providence qui n’ont, bien sûr, rien de commun.

Cette fissure devait finir par se voir et ébranler l’édifice mais il y a une autre raison à la crise de ces formations qui est l’état du monde. Avec un Trump à la Maison-Blanche, un Poutine au Kremlin et la permanence des attentats djihadistes, les opinions européennes tendant à passer sur leurs griefs, même les plus justifiés, contre le fonctionnement de l’Union et à voir la nécessité d’une affirmation politique de l’Europe.

Les extrêmes-droite se retrouvent soudain privées de leur terreau, de cette tête-de-turc européenne qui leur permettait de séduire bien au-delà de leurs frontières, et cela d’autant plus que le Brexit ne parait guère concluant pour les Britanniques.

Bien que très divisée, l’extrême-droite allemande fera dimanche son entrée au Bundestag car elle est la seule alternative de droite à la coalition des centres qui gouverne l’Allemagne depuis si longtemps. Cela fera du bruit. Cela inquiètera car personne ne souhaite voir l’extrême droite renaître en Allemagne mais l’exception ne fera que confirmer la règle. Front nationale en tête, les extrêmes-droites européennes n’ont plus le vent en poupe.

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