Les Nations Unies célèbrent leur 75ème anniversaire sur fond de paralysie due aux querelles des grandes puissances. L’organisation née en 1945 n’est plus en mesure de remplir ses missions de paix et de développement.

Le siège de l’ONU à New York, samedi 18 septembre 2020, un calme inhabituel là où l’Assemblée générale et le 75ème anniversaire auraient dû susciter effervescence et agitation.
Le siège de l’ONU à New York, samedi 18 septembre 2020, un calme inhabituel là où l’Assemblée générale et le 75ème anniversaire auraient dû susciter effervescence et agitation. © AFP / TIMOTHY A. CLARY / AFP

Le coronavirus a gâché le 75ème anniversaire des Nations Unies ; mais même sans la pandémie, la fête aurait été bien triste dans un monde qui met à mal les idéaux qui ont donné naissance à l’organisation mondiale en 1945. 

L’Assemblée générale de l’ONU qui se tient cette semaine, transforme normalement la maison de verre de New York en ruche dans laquelle on peut entendre parler toutes les langues que le monde compte. Coronavirus oblige, l’événement s’est transformé en longue succession de vidéos préenregistrées de chefs d’État que personne n’écoutera, et de recommandations qui resteront lettre morte.

Car ce n’est pas seulement le covid-19 qui handicape la mission des Nations Unies ; ce sont d’abord les États-membres, et notamment les plus puissants d’entre eux. Le monde est revenu au temps des rapports de force entre puissances, au détriment du multilatéralisme qui consiste à gérer en commun les problèmes. 

Résultat, les Nations Unies sont impuissantes dans les principales zones de conflits, Syrie, Yémen, Libye, Sahel, ou dans les zones de tension, comme c’est le cas en ce moment autour de Taiwan.

Il suffit d’observer le comportement de trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité pour le comprendre : les États-Unis, la Russie et la Chine ont utilisé leur droit de véto des dizaines de fois depuis 1990 et la fin de la guerre froide ; la plupart du temps, de manière abusive, pour protéger leurs intérêts, leurs alliés, leurs clients, pas au service de la paix comme l’exige la Charte des Nations Unies. Les deux autres, Britanniques et Français, peuvent au moins se regarder sans rougir, avec zéro véto à leur actif en trois décennies.

Cette paralysie du système onusien s’infiltre partout : la rivalité sino-américaine a empêché pendant plusieurs mois le Conseil de sécurité de mobiliser les énergies contre le covid-19, et Donald Trump a choisi de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé en pleine pandémie.

La lutte contre le changement climatique ou contre la pauvreté qui repart à la hausse dans le monde, deux missions essentielles des Nations Unies, pâtissent elles-aussi des divisions du monde.

L’histoire des Nations Unies depuis 75 ans montre que ce sont toujours les querelles des grandes puissances qui handicapent l’organisation. C’est donc là qu’il faut agir.

Dans son discours en vidéo, hier, Emmanuel Macron a déclaré, en parlant de l’ONU, « Notre maison commune est en désordre, à l’image de notre monde ». Mais si la France et l’Europe se veulent force de modération dans un monde redevenu brutal, elles n’ont pas les moyens de l’imposer.

Aux débuts de son histoire, l’ONU a subi de plein fouet la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS, qui ont frôlé la guerre nucléaire lors de la crise des missiles à Cuba en 1962, avant de connaître la détente. Il faut espérer qu’on n’atteindra pas un tel paroxysme : en attendant, le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guetteres, en est réduit à un rôle incantatoire, un homme raisonnable pour des temps déraisonnables.

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