Jamais en cinq ans de guerre, l’imbroglio syrien n’aura été si total.

Des débris à Alep le 20 août 2016
Des débris à Alep le 20 août 2016 © AFP / IBRAHIM EBU LEYS / ANADOLU AGENCY

Ce qui n’avait été au début, en 2011, qu’un soulèvement pacifique contre la dictature du clan Assad, implique désormais les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran et la Turquie dans un conflit qui martyrise, en ce moment même, la ville d’Alep après avoir déjà tué près de 300 000 personnes et chassé des millions de Syriens de leur pays.

Tout le Proche-Orient en est déstabilisé. L’Europe l’est aussi, par l’afflux des réfugiés et la multiplication des attentats djihadistes. Ce conflit s’est internationalisé et l’on en est là car Bachar al-Assad avait répondu aux manifestants de 2011 en faisant tirer dans des foules sans autres armes que leurs slogans.

Ce fut dès lors, très vite, une guerre civile dans laquelle l’Iran chiite s’est massivement immiscé car la famille Assad appartient à la branche alaouite du chiisme alors que plus de 60% des Syriens sont sunnites. L’Iran a volé un secours d’un pouvoir chiite minoritaire menacé par une majorité sunnite. Arabie saoudite en tête, les puissances sunnites ont, en réponse, armé et financé ce qui devenait, de fait, une insurrection sunnite.

Les deux religions de l’islam et leurs champions respectifs se sont retrouvés aux prises en Syrie et c’est sur cette toile de fond que des sunnites irakiens, anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein, se sont alliés aux plus illuminés des islamistes sunnites de Syrie pour former Daesh, l’Etat islamique, qui devait être l’embryon d’un nouvel Etat sunnite à cheval sur les deux pays.

On en était là lorsque la Russie est intervenue, il y a bientôt un an, pour reprendre pied au Proche-Orient en se rangeant aux côtés de Bachar al-Assad et de l’Iran. Cela n’a pas redonné le contrôle de la Syrie au pouvoir de Damas mais, dans un très dangereux face-à-face, avions américains et russes se croisent depuis dans le ciel syrien, les premiers, les Américains, pour frapper Daesh et les seconds, les Russes, pour tenter d’écraser l’insurrection.

Daesh est en recul, mais la Syrie a si bien éclaté, que ses Kurdes sont en passe d’unifier leurs territoires du nord du pays, à la frontière même des régions turques où vivent les Kurdes de Turquie, en rébellion rampante contre Ankara. C’est maintenant la Turquie qui pourrait être un jour menacée d’éclatement. Elle le craint en tout cas tant qu’elle se prépare à une intervention en Syrie, contre les Kurdes syriens sur lesquels les Etats-Unis s’appuient dans la lutte contre Daesh.

C’est tout le monde contre tout le monde, mais très paradoxalement, il reste pourtant, peut-être, un espoir de paix, car tout cela devient si dangereux pour tous, qu’Américains et Russes cherchent frénétiquement à rapprocher leurs positions tandis que les Iraniens s’inquiètent du retour de la Russie dans la région et que la Turquie ne veut plus que sauver l’unité de la Syrie pour éviter l’émergence d’un Kurdistan syrien indépendant. Les diplomates s’agitent beaucoup mais, si paix il y a, elle n’est pas encore pour demain.

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