Les images ont fait le tour du monde : le Kerala inondé, les populations sinistrées. Et pourtant, New Delhi a refusé la solidarité internationale, considérant avoir désormais les moyens d'aider elle-même sa population.

Les inondations dans l'Etat du kerala dans le sud-ouest de l'Inde sont responsables du déplacement d'un million de personnes
Les inondations dans l'Etat du kerala dans le sud-ouest de l'Inde sont responsables du déplacement d'un million de personnes © AFP / MANJUNATH KIRAN

L'Inde a refusé toute aide internationale pour soulager le Kerala inondé. Pourtant les images sont impressionnantes et le bilan meurtrier : près de 400 morts et une mousson qu'on a vite décrit comme la « plus violente depuis près d'un siècle ». L'Etat sudiste évalue les dégâts à 21 000 crores de roupies, c'est à dire 2,5 milliards d'euros.

En regard, le gouvernement central n'a promis qu'un tiers de million d'euros. Bref, les besoins sont immenses et pas mal de pays voisins du géant asiatique se sont empressés à son chevet : les Emirats arabes unis, le Qatar... même les Maldives.

Mais le 1er ministre indien, Narendra Modi, a donc fait savoir aux autorités de Cochin, la capitale du Kerala, qu'il n'était pas question d'accepter. Il faut, certes, remercier poliment ces bonnes âmes, mais l'Inde a les moyens d'aider sa population.

L'Inde est désormais la 6e puissance mondiale...

Elle nous est passée devant, en termes de richesse nominale. Quand je dis « nous », je parle de la France ou du Royaume-Uni, l'un et l'autre pays ayant le même PIB à quelques milliards près, selon les années et les variations du cours de la livre sterling ou de l'euro.

Or, pour l'Inde qui a été colonisée par le Royaume-Uni, ce « sorpasso », le fait de passer devant la Grande-Bretagne, est une revanche historique et particulièrement attendue. Donc, l'année où l'Inde double Londres, pas question de faire la mendicité.

Parce qu'il faut bien comprendre que pour un certain nombre de pays en voie de développement, l'aide internationale est parfois perçue comme du colonialisme par d'autres moyens. Moins coercitif, certes, mais tout aussi humiliant et condescendant.

Notre regard sur l'Inde a peu évolué...

Il suffit d'écouter les commentaires sur les inondations du Kerala, un état grand comme les Pays-Bas mais 3 fois plus peuplé et qui, en plus, est un territoire humide par nature : son système de canaux, les « backwaters », sont même une attraction touristique.

Autrement dit, les moussons y provoquent forcément des inondations ! De plus, le Kerala est un des Etats indiens les plus développés avec un taux d'alphabétisation égal au nôtre. Or la complainte de l'Inde pauvre et désespérée nous a été servie sans filtre.

L'Inde prépare une mission sur la lune, possède la bombe atomique, nous achète des Rafales, exporte ses ingénieurs, n'a plus connu de disettes, et encore moins de famines, depuis des décennies et a le taux de croissance le plus élevé au monde depuis 10 ans.

Bientôt, l'Inde plus peuplée que la Chine

Certains démographes expliquent que c'est même déjà fait, qu'en modifiant légèrement les règles du recensement, on arrive à près d'un milliard et demi d'Indiens. En plus, contrairement à la Chine, qui risque d'être vieille avant d'être riche, l'Inde est jeune !

Enfin, l'Inde reçoit déjà une aide internationale massive et très efficace qu'on oublie toujours : l'argent envoyé au pays par son immense diaspora. Ça représente plus de 60 milliards d'euros par an. A côté, les oboles des cheikhs arabes sont des pourboires !

Enfin, pour la 1ère fois, et ce depuis 2016, l'Inde est devenue pourvoyeuse nette d'aide internationale : en clair, elle a plus donné qu'elle n'a reçu. Il va donc falloir vraiment changer notre regard sur cette « shining India », cette Inde désormais si brillante.

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