(020423) Vingt pour cent des Français s’en réjouissent, 80% en sont horrifiés mais c’est un fait. Jean-Marie Le Pen peut devenir Président. Il y croit, vendra toutes les illusions, fera, au minimum, siéger des députés Front national dans la prochaine Assemblée. Alors que veut-il ? Que ferait-il s’il était élu ? Sa première mesure, il le disait hier, serait de faire sortir la France de l’Union européenne. Il pourrait évidemment le faire mais ce ne serait pas du tout souhaitable. L’essentiel de notre commerce se fait avec le reste de l’Union. Dès lors que nous en sortirions, nos exportations y seraient taxées. Les produits des autres pays européens seraient alors beaucoup plus concurrentiels que les nôtres. Notre industrie devrait réduire ses coûts de production, licencier, baisser les salaires, fermer des usines. Ce ne serait pas seulement une catastrophe pour les salariés concernés, l’exact contraire de ce « socialement de gauche » dont M. Le Pen se réclame désormais pour mieux tromper les plus démunis et aller glaner leurs voix. Ce serait aussi une tragédie pour la France, pour tout le pays, car lorsque la consommation baisse et que le chômage augmente, c’est toute l’économie qui ralentit, chaque Français qui en pâtit, le chômage qui nourrit le chômage, le boulanger qui vend moins de pain, qui achète donc moins de farine à ses fournisseurs qui achètent, eux, moins de blé à l’agriculture - le cycle infernal et de la dépression. Deuxième grande idée de Jean-Marie Le Pen : sortir de l’euro, en revenir au franc. C’est tout aussi possible mais aucunement plus souhaitable. Il pourrait le faire mais cela coûterait cher à la France car, à chaque crise internationale, le franc serait attaqué, comme il l’était régulièrement avant la monnaie unique, avant que nous ne fassions front, nous les Européens, pour défendre une devise commune. Avec un franc dévalué, peut-être pourrions-nous tenter de défendre nos exportations mises au mal par notre sortie de l’Union mais nos importations d’énergie, de pétrole et de gaz, seraient dramatiquement alourdies, toutes nos importations nous coûteraient plus cher et ce surcoût pèserait sur les rayons des supermarchés, les voitures, sur toute la production industrielle. Ce ne serait pas « économiquement de droite, socialement de gauche ». Ce serait économiquement suicidaire et socialement monstrueux, non pas « nationalement français » mais un crime contre la nation. Troisième idée de Jean-Marie Le Pen : redonner son indépendance à la France. Très bien ! Parfait ! Formidable mais, outre que dans un monde totalement interdépendant, ce serait aussi bénéfique que de décréter l’indépendance du Massif central, il vaut mieux, pour être maître de ses décisions, avoir des caisses pleines que de les vider. M. Le Pen ne les remplirait pas en mettant l’économie à plat avant d’augmenter les dépenses militaires tout en supprimant l’impôt sur le revenu, les taxes sur le foncier non bâti et l’impôt sur les successions qui frappe les plus riches, les gens comme Jean-Marie Le Pen, le plus fortuné des seize candidats.

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