Georges Bush a, désormais, bien des problèmes en Irak. Le premier lui est causé par les chiites, quelques 60% de la population irakienne, qui manifestent, depuis hier, par centaines de milliers à Kerbala, leur grand sanctuaire, dans un mélange de ferveur religieuse, d’affirmation identitaire et d’antiaméricanisme montant. Marginalisés et sauvagement réprimés sous Saddam Hussein, les chiites retrouvent maintenant espoir et liberté mais si le Président américain pouvait faire mine de s’en féliciter, dimanche, il ne peut plus ignorer aujourd’hui que les ayatollahs irakiens veulent créer une république islamique sur le modèle iranien et font déjà scander par des fidèles en transes « Non, non à l’occupation ! Non, non à l’impérialisme ! ». Si l’Irak votait demain, si les Etats-Unis instauraient vraiment la démocratie au nom de laquelle ils sont intervenus, les ayatollahs prendraient le pouvoir et l’on voit mal en quoi cette guerre aurait rendu le monde plus sûr, notamment pas pour les Américains. C’est sans doute la raison pour laquelle l’administrateur civil nommé par le Pentagone a passé, lui, sa journée dans le Nord, avec les Kurdes. Tandis que les chiites montraient leurs ambitions et leur force, le général Garner a formellement proposé aux dirigeants kurdes de faire de l’Irak une fédération avec un seul gouvernement et une seule armée mais trois régions autonomes, sunnite, kurde et chiite. Pour les Américains, le fédéralisme permettrait à la fois de freiner la tentation indépendantiste des Kurdes et d’éviter une prise de contrôle du pays par les chiites. Cette solution a la logique pour elle mais, deuxième problème, l’enthousiasme avec lequel les Kurdes l’ont accueillie tient au fait qu’ils espèrent se servir, à terme, de leur autonomie pour faire jouer le droit à l’autodétermination, qu’ils évoquent ouvertement, tout en protestant du contraire. Un conflit avec la Turquie serait alors inévitable car les Turcs ne veulent pas que leurs propres Kurdes puissent être aimantés par un Kurdistan indépendant sorti de l’Irak. Troisième problème pour Georges Bush, les chiites, aussi, ont une raison bien à eux d’être intéressés par l’idée fédérale. Ils pourraient, sous cette ombrelle, se rapprocher de l’Iran chiite avec lequel leurs liens sont étroits et dont l’influence sur les ayatollahs irakiens se fait sentir depuis deux semaines. Le fédéralisme est, autrement dit, un boomerang, pas la panacée. Quatrième problème, les espoirs de relance du processus de paix israélo-palestinien menacent déjà de s’évaporer car le dispositif élaboré par les Américains, les Russes et les Européens est fondé sur la désignation d’un Premier ministre par Yasser Arafat qui refuse, pour l’heure, de se laisser évincer. Exigée par Tony Blair pour prix de son ralliement à la guerre d’Irak, la percée israélo-palestinienne semble bien lointaine mais ce n’est pas tout. Cinquième problème, la droite républicaine a lancé, hier, une offensive ouverte contre le chef de la diplomatie américaine, jugé trop conciliant avec les Européens et la Syrie. La Maison-Blanche défend Colin Powell mais la confusion paraît aussi grande à Washington qu’à Bagdad.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.