Sous deux mois, l’Europe aura une Constitution. Après le changement de majorité en Espagne, après la visite à Paris, hier, du ministre polonais des Affaires étrangères, il est non seulement clair que la volonté de trouver un accord existe mais que la discussion sur les compromis nécessaires avance. Le problème est qu’une fois que les vingt-cinq gouvernements de l’Union auront adopté un texte, il faudra le faire ratifier, par chacun des vingt-cinq Etats membres. La logique voudrait que cela se fasse par un référendum européen, un vote populaire et simultané dans tous les pays de l’Union dont la seule organisation marquerait qu’il ne s’agit pas de politique intérieure, de voter pour ou contre les gouvernements en place, tous plus ou moins impopulaires, mais de fixer le cadre institutionnel dans lequel fonctionnera, demain, l’Europe élargie. Ce serait l’idéal. Ce serait le plus solennel des actes de naissance de l’Europe unifiée dans l’Union mais l’Allemagne, souvenir du nazisme, antidote à la tentation des hommes providentiels, n’a pas la possibilité constitutionnelle d’organiser de référendums. L’idéal n’est pas envisageable mais peut-on s’en approcher ? Pourvu qu’on le veuille, on le peut, on le pourrait en décidant que, par un vote ou par un autre, parlementaire ou populaire, toute l’Europe se prononce le même jour, la même semaine au moins, sur son projet de Constitution. La solennité de la procédure serait ainsi préservée. Il serait tout aussi clair qu’il s’agit de l’adoption d’une Constitution européenne et non pas d’une addition d’élections nationales mais, pour y parvenir, il faut une impulsion. La France et l’Allemagne pourraient la donner en proposant cette démarche à l’ensemble de leurs partenaires, en annonçant qu’elles entendent, l’une et l’autre, se prononcer simultanément et souhaitent que le plus grand nombre des autres Etats-membres, la totalité d’entre eux si possible, en fassent autant. L’Espagne et le Benelux, l’Autriche et la Hongrie, la Pologne peut-être bien aussi, devraient appuyer cette idée qui pourrait d’autant mieux prendre que la France et l’Allemagne n’ont pas aujourd’hui la même couleur politique. L’une est à droite, l’autre à gauche. A elles deux, elles couvrent la majeure partie du spectre politique européen et c’est ainsi l’ensemble des grandes forces européennes, pas seulement un grand nombre des pays de l’Union mais aussi les deux tiers, voire plus, de l’échiquier politique pan-européen, des citoyens de l’Europe, qui pourraient s’associer à cette démarche. Dans un premier temps, Paris et Berlin pourrait lancer cette idée avec d’autres pays préalablement consultés. Dans un deuxième temps, la droite française pourrait proposer à la droite allemande de s’y associer tandis que la gauche allemande ferait de même avec la gauche française. Dans un troisième temps, les groupes politiques du Parlement européen pourraient apporter à cette démarche l’appui de l’écrasante majorité des députés qui seront élus en juin. Dans un quatrième temps s’ouvrirait alors, enfin, c’est le principal, le premier grand débat pan-européen sur l’Union, ses finalités et ses ambitions.

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