Les choses sont maintenant claires. On sait, désormais, que la bataille entre prétendants démocrates va durer quatre mois encore et comment et sur quoi elle se jouera. Comme prévu, Hillary Clinton a remporté, hier, les primaires de Pennsylvanie et maintient, en conséquences, sa candidature. « Le vent tourne », a-t-elle déclaré mais rien n’est vraiment changé puisque son avance de dix points dans cet Etat, aussi solide qu’elle soit, est très inférieure aux vingt points de marge que lui accordaient les sondages il y a quelques semaines encore et que les délégués, surtout, étant répartis à la proportionnelle, l'ex Première Dame reste loin derrière Barack Obama en terme de voix assurées à la Convention. Le sénateur de l’Illinois a subi une défaite annoncée mais demeure en tête. La victoire pennsylvanienne d’Hillary Clinton n’est pas assez éclatante pour lui permettre de retourner la situation en sa faveur d’ici au 3 juin, dans les neuf dernières primaires. Comme prévu toujours, les deux prétendants arriveront ainsi, le 25 août, à la Convention de Denver, sans majorité assurée et ce seront, donc, les « super délégués », quelques 800 élus, permanents et personnalités du Parti démocrate, qui devraient avoir à les partager. Sur le papier, l’écrasante majorité d’entre eux sont acquis à la sénatrice car les Clinton et leurs équipes dominent l’appareil démocrate. En huit années passées à la Maison-Blanche, Bill Clinton avait eu le temps de le modeler à sa main mais ces super délégués seront face à un vrai dilemme, devenu le cœur de la bataille. D’un côté, et bien qu’ils préfèrent quelqu’un d’aussi rodé que la sénatrice à un homme qui ne s’est révélé que ces derniers mois, ils hésiteront à céder à leur inclination naturelle en se rangeant aux côtés d'Hillary. En le faisant, ce qui n’est pas impossible, ils courraient le risque d’aller contre la majorité des suffrages exprimés dans les primaires, de sembler annuler le vote populaire par une manœuvre d’appareil. Non seulement l’unité du parti en serait ébranlée mais beaucoup des partisans d’Obama pourraient alors s’abstenir le 4 novembre, le jour de la présidentielle, et le seul vainqueur de la convention démocrate serait alors… John McCain, le candidat républicain. Cela donne à réfléchir mais Hillary Clinton, d’un autre côté, martèle à chaque discours, et c’est vrai, qu’elle l’a emporté dans tous les grands Etats, ceux qui pèseront le plus le 4 novembre, et qu’elle serait, donc, la mieux placée pour être élue. L’argument se tient, sauf que les partisans d’Obama ont beau jeu de souligner que l’électorat centriste, les Indépendants, apprécient leur candidat et rejettent Hillary, supposée plus à gauche, et qu’il est mieux placé qu’elle, dans les sondages, pour battre McCain. Tout se jouera, maintenant, sur la crédibilité présidentielle et c’est pour cela qu’Hillary Clinton a, désormais, centré sa campagne sur les incertitudes internationales et son expérience des affaires mondiales. C’est devenu son leitmotiv, auquel Obama répond ainsi : « Quand le téléphone sonne à trois heures du matin, qui préférez-vous voir décrocher ? Quelqu’un qui s’était trompé sur l’Irak ou quelqu’un qui, sur l’Irak, avait vu juste ? ».

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