Un Pakistan au bord de l’effondrement, une puissance nucléaire près de tomber aux mains d’islamistes radicaux – c’est le danger, bien réel à l’entendre, que vient de décrire Hillary Clinton, en termes particulièrement alarmistes. « On ne peut assez souligner la gravité de la menace pour l’existence de l’Etat pakistanais que représente l’avance continue des taliban qui sont maintenant à quelques heures de [la capitale], Islamabad », a-t-elle déclaré, hier, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre avant de rappeler que le Pakistan était « un Etat nucléaire » et d’ajouter qu’il y avait, là, « une menace mortelle pour la sécurité, pour notre pays et le monde ». Ce qui a semé l’alarme, voire la panique, à Washington, c’est d’abord le fait que les dirigeants pakistanais viennent de se faire rouler dans la farine par leurs islamistes. Ils avaient cru parvenir à un modus vivendi avec leurs propres taliban en leur cédant, de fait, le contrôle de la Vallée du Swat, un district administratif de la Province de la frontière du Nord-Ouest, proche de l’Afghanistan. C’était un donnant-donnant. Le pouvoir autorisait – ce qui est fait – l’instauration de la charia dans ce district et, en échange, les taliban s’engageaient à ne pas déstabiliser plus encore le reste de cette province où ils ne sont plus loin de faire la loi. Cet accord avait été signé, la semaine dernière, par le chef de l’Etat mais, depuis trois jours, plusieurs centaines de combattants armés ont pénétré dans le district voisin de Buner. Ils s’y sont emparés des bâtiments officiels et des mosquées, ont installé des barrages routiers. Ils y ont pris le pouvoir et ce coup de main les met à 110 kilomètres exactement d’Islamabad. La capitale n’en est pour autant pas menacée. Elle ne se prend pas comme un district peu défendu mais les taliban pakistanais, liés à al Qaëda, viennent ainsi de marquer leur force et l’inquiétude d’Hillary Clinton n’a rien d’injustifié. Le pouvoir central n’est plus vraiment en contrôle que d’une moitié du pays. Tout le long de la frontière afghane, à l’Ouest, les islamistes et leurs alliés sont en terrain conquis. A l’Est, dans l’immense province du Pendjab, la pression sociale des religieux se fait chaque jour plus forte. Depuis un an et demi, une vague d’attentats sans précédant a fait 1800 morts et d’innombrables blessés. Créé de toutes pièces, en 1947, comme foyer national des musulmans des anciennes Indes britanniques, ce pays fédéral est moins que jamais uni et sa puissante armée, son ciment traditionnel, est désormais travaillée, à la base et parmi les sous-officiers, par l’islamisme et l’antiaméricanisme. Seul véritable pouvoir, l’armée est de plus en plus incertaine et continue de soutenir de nuit les islamistes qu’elle combat de jour car elle veut pouvoir s’appuyer sur eux, à la fois pour unir le pays contre l’Inde et pour conserver une influence en Afghanistan qu’elle regarde comme la profondeur stratégique du Pakistan. Cet Etat nucléaire se délite et c’est, effectivement, très inquiétant.

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