Il n’y a pas qu’en France. C’est dans toute l’Europe, et souvent bien plus spectaculairement qu’en France, que s’affirme une nouvelle extrême-droite nationaliste et guère différente de ses ancêtres d’avant-guerre.

Elle est au pouvoir en Hongrie et pèse sur les droites scandinaves et italienne, autrichienne et, en ce moment même, néerlandaise. Elle est présente dans tous les pays sortis de l’ancien bloc communiste et devenus membres de l’Union. Elle existe en Suisse, ne demeure faible qu’en Allemagne et s’impose maintenant en France.

Cette nouvelle droite n’est pas née de rien. Partout, elle tire sa force du désarroi que suscite l’incroyable rapidité avec laquelle le monde a changé en trente ans. En trois décennies seulement, de nouvelles puissances ont émergé, venant à la fois concurrencer les industries européennes et battre en brèche le monopole de l’Occident sur la conduite des affaires mondiales. Non seulement l’Europe ressent aujourd’hui la peur d’un déclin économique, social et international mais ces nouvelles concurrences industrielles menacent à la fois l’emploi, la protection sociale et le niveau de vie des Européens.

Plus perturbant encore, la réduction des distances et le recul des Etats affaiblis par les politiques de déréglementation font que la production se délocalise sans difficultés tandis qu’il n’est plus guère possible de négocier, comme hier, les compromise sociaux dans les frontières nationales.

Rapports de force et décisions échappent de plus en plus aux citoyens des Etats-nations et c’est ainsi que se sont affirmées des forces qui voudraient en revenir à un passé révolu, nier la mondialisation, rejeter l’unité européenne, retrouver les cadres d’antan - fuir dans un passé qui ne sera plus au lieu de s’atteler à construire le présent en récréant des rapports de force et reprenant, dans des cadres nouveaux, l’éternel combat de la justice, des droits des plus faibles contre la puissance des plus forts.

Contrairement à ce que ces nouvelles droites font croire à leurs électeurs, cette bataille ne passe pas par la nostalgie d’un passé mythifié et, moins encore, par la xénophobie. Elle passe par l’approfondissement de l’unité et des solidarités européennes, par le développement d’une recherche, de politiques industrielles et d’une Défense communes permettant à l’Europe de faire face, ensemble, aux défis d’un nouveau monde.

C’est l’évidence. Chacun le sait en fait mais cette évidence ne s’imposera qu’à la condition que se développe une démocratie européenne donnant les moyens aux citoyens européens de reprendre leur destin en mains et choisir les politiques de l’Union. Tant que cela ne sera pas, les nouvelles droites continueront de progresser, imposeront la désunion et mèneront droit et à coup sûr les Européens au naufrage.

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