La Turquie n’a, bien sûr, qu’à s’en prendre à elle-même. Si elle sortait enfin du déni, si elle avait anticipé ce centenaire du génocide arménien pour se préparer à reconnaître ce qui fut, elle ne se trouverait pas, aujourd’hui, dans un embarras de plus. Elle ne l’a pas fait. Elle dénonce au contraire, et sans retenue, tous ceux qui se sont associés, comme le pape, à la douleur arménienne et la voilà partout montrée du doigt ou suscitant, au moins, la gêne de ceux, comme les États-Unis, qui ne veulent malgré tout pas se brouiller avec elle.

La Turquie s’inflige un nouveau revers sur la scène internationale alors qu’elle ne cesse plus de les accumuler. Elle était, hier, devenue un modèle politique car ses islamistes avaient su renier toute violence et tout fanatisme pour parvenir au pouvoir par les élections et se faire réélire sans discontinuer depuis 2002 en respectant la démocratie et favorisant un formidable essor économique.

Convertis à « l’islamo-conservatisme », version islamique, disaient-ils, de la démocratie-chrétienne, ils avaient longtemps été considérés comme un modèle porteur d’espoir, mais leur chef de file, Recep Tayyip Erdogan, président après avoir été Premier ministre, n’a aujourd’hui plus rien d’exemplaire. Ce n’est pas qu’il en revienne à ses années de jeunesse et veuille maintenant imposer une théocratie à son pays. Non pas du tout. C’est, plus banalement, qu’il sombre dans un autoritarisme toujours plus inquiétant.

Le « Poutine turc », comme on l’appelle à Istanbul, n’a ainsi plus rien de ce dirigeant qui avait été tant admiré et cette dérive personnelle contrarie gravement la candidature de son pays à l’Union européenne. C’est le deuxième revers de la Turquie car son entrée dans l’Europe, déjà si compromise par les difficultés intérieures de l’Union et le rejet de cet élargissement par une grande partie des opinions européennes, en est désormais remise aux calendes grecques. La Turquie n’a plus d’horizon européen, pas avant longtemps en tout cas, et ne peut plus rêver, non plus, de se projeter au Proche-Orient.

C’est son troisième revers car c’était là son autre ambition, le substitut qu’elle avait cru trouver à son rêve d’Europe. Forte de son taux de croissance asiatique et de la compétitivité de ses moyennes et grandes entreprises, elle s’était vue reprendre pied dans son ancien Empire perdu depuis un siècle et le reconstituer, non pas par la force mais par l’influence économique. Ce projet lui semblait d’autant plus crédible que les révolutions arabes portaient aux commandes des islamistes que l’évolution de leurs cousins turcs intéressait au plus haut point. C’est pourtant là le quatrième revers de la Turquie car ce dessein s’est naturellement évanoui dans les actuels chaos du Proche-Orient où l’Iran, lui, parvient à s’affirmer. Ce n’est pas pour l’éternité mais, aujourd’hui, rien ne va plus en Turquie que son déni du génocide vient encore affaiblir.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.