Fête sociale par excellence, le Ramadan, qui débute cette nuit, sera cette année confiné et dans la distanciation. La pandémie a constitué un défi de taille aux grandes religions en exigeant la suspension des cérémonies religieuses de groupe.

Un imam, priant seul dans sa mosquée à Nairobi, au Kenya, où les lieux de culte ont été fermés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.
Un imam, priant seul dans sa mosquée à Nairobi, au Kenya, où les lieux de culte ont été fermés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. © AFP / patrick meinhardt / AFP

Après les Pâques juive et chrétienne, c’est au tour des musulmans du monde entier de découvrir le Ramadan à l’heure du coronavirus et du confinement. Le Ramadan, qui débute la nuit prochaine pour un mois, est un événement social par excellence, au moment de l’iftar, la rupture du jeûne, et avec une animation exceptionnelle dans les rues jusque tard dans la nuit. Pas cette année.

Une grande partie du monde musulman subit le confinement comme le reste de la planète, et les lieux de culte sont fermés. Les autorités saoudiennes ont même interdit les pèlerinages à La Mecque.

L’Organisation mondiale de la Santé a pris la peine de publier des recommandations particulières pour les musulmans pendant le Ramadan, conseillant aux personnes atteintes du covid-19 ou fragiles de consulter un médecin avant de prendre la décision de jeûner. 

Une grande majorité de musulmans pratiquants à travers le monde se résoudront vraisemblablement à un ramadan confiné, ou moins social que les années précédentes ; mais ce n’était pas acquis d’avance.

L’islam, comme les autres grandes religions, a eu du mal avec la menace croissante de la pandémie. Accepter qu’un virus puisse interrompre la pratique religieuse de groupe est difficilement acceptable à qui croit en la force de l’absolutisme religieux, et donne un sens divin à tout événement inhabituel. 

Le premier réflexe est de refuser la loi des hommes qui préconise le principe de précaution, là où le croyant invoque d’abord la protection du ciel.

On trouve des exemples dans toutes les religions. En Iran, l’un des grands foyers de l‘épidémie, l’épicentre se trouve dans la ville sainte de Qom, et lorsque les autorités ont fermé les sites de pèlerinage, il y a eu des manifestations violentes pour les rouvrir.

Parmi les chrétiens, si le pape François, priant seul place St Pierre, restera l’une des images fortes de cette pandémie, on trouve plus de réticence à la distanciation sociale chez les évangéliques. Comme à Mulhouse (les intéressés démentent), au Brésil, ou aux États-Unis ces derniers jours. Même chose chez les juifs ultraorthodoxes, qui constituent 15% de la population d’Israël et 50% des cas de coronavirus.

La nécessité de limiter les contacts sociaux a d’abord été vécue comme une impossible transgression par beaucoup de croyants. Zakaria Bouguira, un jeune médecin tunisien inquiet de l’inertie générale face à la menace du virus, en a fait l’expérience le mois dernier. 

Un vendredi, jour de prière, il est allé en blouse blanche plaider, pancarte à la main, dans la Kasba de Tunis, pour la fermeture des mosquées et le confinement général. Il a failli être lynché et a raconté qu’il n’avait dû son salut qu’à sa blouse blanche.

Mais son message a fait son chemin, il a été reçu à la Présidence et par le Président du Parlement, l’islamiste Rached Ghannouchi ; et aujourd’hui, le Ramadan débute avec des mosquées fermées et une Tunisie confinée.

Si la fête sera triste cette année, entre confinement et crise économique, il est une autre valeur qui sera cette année à l’honneur : la solidarité, bien nécessaire, et dans laquelle croyants comme non-croyants se retrouvent contre un ennemi commun. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.