Le Président français va rendre hommage à un allié de la France, mais aussi apporter sa caution à son fils placé à la tête du pays en dépit des dispositions de la Constitution tchadienne. Le rôle régional du Tchad vaut-il que Paris ferme les yeux sur la nature du régime tchadien ?

Emmanuel Macron reçoit le Président tchadien Idriss Déby à l’Elysée en novembre 2019. Le Président français se rend aujourd’hui aux funérailles du dirigeant tchadien mort en combattant des rebelles.
Emmanuel Macron reçoit le Président tchadien Idriss Déby à l’Elysée en novembre 2019. Le Président français se rend aujourd’hui aux funérailles du dirigeant tchadien mort en combattant des rebelles. © AFP / LUDOVIC MARIN / AFP

En se rendant en personne aux funérailles d’Idriss Déby, le Président tchadien officiellement mort au combat contre des rebelles, Emmanuel Macron rend d’abord hommage à un allié-clé de la France en Afrique. Mais son déplacement est aussi interprété comme une caution à son successeur, le général Mahamat Idriss Déby Itno, le propre fils du président décédé, nommé dans des circonstances troubles. 

Car ce n’est pas un déplacement banal pour des funérailles qu’effectue le Président : il arrive dans une capitale sous tension, avec une rébellion armée au nord, et une population qui redoute une nouvelle période d’instabilité, voire de violences. Et dans un contexte où l’opposition et la société civile tchadiennes crient au « coup d’État » au cœur des événements toujours mystérieux des derniers jours.

La venue du Président, et les déclarations sans nuances de Paris, montrent que la France ne trouve rien à redire à une transition qui ne respecte pas la constitution tchadienne, et s’apparente aux pires pratiques népotiques et claniques dénoncées par ailleurs.

Dans la Constitution tchadienne, c’est le Président de l’Assemblée nationale qui devrait assurer en cas de vacance du pouvoir, pas le chef de la garde présidentielle et un Conseil militaire comme c’est le cas. 

Les nouveaux maîtres à N’Djaména affirment qu’ils ne font qu’assurer une transition qui ne durera pas plus de 18 mois, mais leur histoire et celle du pays ne portent pas à y croire. 

Le plus étonnant, dans la mansuétude de la France et des autres pays africains est qu’elle contraste avec ce qui s’est passé l’an dernier au Mali : un coup d’État militaire avait renversé le président, et les pays de la région avaient imposé des sanctions, malgré la menace djihadiste, pour contraindre les militaires à rendre leur pouvoir plus « civil », et plus présentable - ce qui fut fait.

Le rôle du Tchad dans la région explique en grande partie qu’on ferme les yeux. L’armée tchadienne est la plus active parmi les cinq pays du Sahel, pour combattre les djihadistes aux côtés de la force française Barkhane - dont le quartier général est d’ailleurs à N’Djaména. Les militaires français sont plus soucieux de continuité que de changement.

La menace djihadiste dans le Sahel est évidemment là pour tempérer l’exigence d’un respect sourcilleux de la Constitution. Mais avant les djihadistes, la démocratisation n’était pas plus à l’ordre du jour à N’Djaména. Il suffit de rappeler le souvenir d’Idrissi Oumar Mahamat Saleh, mathématicien tchadien et opposant à Idriss Déby, disparu corps et âme en 2008.

Pas plus qu’il est possible de suivre Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, lorsqu’il appelle les nouveaux dirigeants, hier sur France2, à « mettre en œuvre un processus démocratique, le plus rapidement possible ». Personne n’y croit vraiment.

Le voile pudique jeté sur la nature du régime d’Idriss Déby, et les conditions anormales de sa succession, sont en contradiction avec tout le discours français sur la gouvernance africaine - qui sera par ailleurs réaffirmé en cette « année de l’Afrique ». Emmanuel Macron accepte de vivre avec cette contradiction, plutôt que de sauter dans l’inconnu, dans un contexte explosif.

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