En un week-end, quelque chose a changé. Ce n’est pas que la guerre soit devenue certaine mais elle a fait sa première victime, Patrick Bourrat, journaliste à TF1, mortellement blessé, samedi, pendant qu’il couvrait des manœuvres américaines au Koweït, autrement dit à la frontière de l’Irak. Georges Bush au même moment a annulé une tournée étrangère qu’il devait faire en janvier . 40 000 soldats britanniques s’entraînent à des opérations de débarquement et les Etats-Unis ont décidé de fournir à l’Onu les dossiers qu’ils posséderaient sur la production d’armes de destruction de masse par Saddam Hussein. Demain commence la parenthèse de fêtes mais, dès les premiers jours de janvier, le monde pourrait bien se retrouver à la veille d’un conflit dont nul ne sait où il mènerait. Première interrogation : combien de temps durerait cette guerre ? Contrairement à leurs patrons civils du département de la Défense, les militaires américains ne sont pas optimistes. Quelle que soit l’impopularité de Saddam Hussein, ils estiment que la guerre, non seulement peut durer longtemps mais faire aussi de nombreuses victimes. Si tel était le cas, des réactions populaires deviendraient possibles dans le monde musulman, notamment au Pakistan où la cote des Etats-Unis est au plus bas, et cette guerre, par contagion des troubles, pourrait devenir un facteur de déstabilisation. Ce n’est pas le plus probable mais, en admettant même que ce danger ne s’avère pas, resterait la deuxième grande question : « the day after », le jour d’après comme on dit dans toutes les capitales concernées. Une fois Saddam renversé et son régime balayé, il faudra gouverner l’Irak. Première difficulté : si les opposants ne manquent pas, l’opposition est divisée et l’on ne voit encore ni courant ni personnalité pouvant l’unir. Il est vrai que l’Histoire fait les hommes mais, deuxième difficulté, il n’y a pas un mais trois Irak, celui des sunnites, celui des chiites et celui des Kurdes enfinqui vivent, depuis la guerre de 1991, dans une autonomie de fait, sous la protection des aviations britannique et américaine. Quel qu’il soit, le nouveau pouvoir aura le plus grand mal à maintenir l’unité irakienne alors que les rancoeurs entre ces trois composantes du pays sont immenses et que chacune voudra assurer ses positions économiques et politiques. C’est la raison pour laquelle les Etats-Unis ont prévu de faire de l’Irak une fédération, garantissant à chacun une représentation politique mais entre ce projet et sa réalisation, il y a tout l’abîme séparant la théorie de la pratique. Cela peut se faire. Cela peut tout aussi bien échouer et c’est alors toutes les frontières du Proche-Orient qui seraient fragilisées par une brutale remontée de l’Histoire car les Etats de cette région ne datent que des années vingt, de l’écroulement de l’empire ottoman et des partages entre les empires britannique et français. Les Etats-Unis seraient alors piégés en Irak ou condamnés à laisser un chaos derrière eux. Si Saddam ne sait pas trouver un compromis avec les Américains ou s’il n’est pas renversé par ses généraux, le monde devrait entrer, en février, dans une période d’extrême incertitude.

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