Les Palestiniens ont leurs télévisions. Ils n’ont pas d’Etat, plus vraiment d’autorité, non plus, sur les territoires qui leur avaient été restitués dans la foulée des Accords d’Oslo mais ils ont une chaîne officielle et des stations privées de télévision locales couvrant des villes et leurs environs. Depuis la semaine dernière, six d’entre elles diffusent des spots publicitaires en faveur de l’Accord de Genève, de ce projet de paix que les plus visionnaires des personnalités politiques israéliennes et palestiniennes avaient soigneusement et secrètement négocié en 2003 avant de le rendre public il y a un an. Entre un feuilleton et les nouvelles, les Palestiniens, Monsieur et Madame tout le monde, peuvent ainsi entendre des Israéliens, des élus, des militaires, l’ancien président de la Knesset et la tête de liste travailliste aux dernières élections législatives, leur dire que la paix est possible, que ses contours sont déjà connus, qu’ils la souhaitent, qu’un Etat palestinien doit coexister aux côtés d’Israël et que cette revendication palestinienne est, à leur yeux, légitime. Chacun des spots dure une minute et, parallèlement, sur internet et dans leurs salles de cinéma, les Israéliens peuvent voir et entendre, même format, même plein cadre sur un visage, des Palestiniens leur dire qu’ils veulent, eux aussi, fonder la paix sur la coexistence de deux Etats pour deux peuples. Ce qui frappe les Israéliens, dans ces spots, est que les hommes qui s’adressent à eux sont non seulement les promoteurs palestiniens de l’Accord de Genève mais aussi l’ancien conseiller pour la sécurité de Yasser Arafat, Jibril Rajoub, et deux ministres, dont Saeb Erekat en charge des négociations avec Israël. Ce ne sont pas seulement les visionnaires qui parlent de paix aux Israéliens. C’est le cœur même de l’appareil palestinien et ce qui frappe, côté palestinien maintenant, est que ces spots ne déchaînent nul scandale. Il y a quelques mois, des chaînes palestiniennes avaient du renoncer, sous la menace, à diffuser de la publicité pour l’Accord de Genève. Là, ça, discute, ça téléphone, ça polémique comme les matins chauds sur Radio-Com mais ça passe. L’idée de la paix, des concessions réciproques ne peut plus être, aujourd’hui, dénoncée comme une trahison par les groupes palestiniens les plus extrémistes. Ca passe même si bien que, sous peu, sept autres chaînes devraient à leur tour diffuser ces spots et que l’une des grandes chaînes satellitaires arabes, la plus regardée en Palestine, pourrait également s’y mettre. Cela s’appelle « l’opération miroir », ce miroir de la paix que l’un et l’autre camp se présentent. C’est, évidemment, un événement politique de première importance et il est d’autant plus commenté, en Israël comme en Palestine, que Sky, la régie publicitaire palestinienne qui diffuse les spots des Israéliens aux Palestiniens, est la propriété de Tariq et Yasser Abbas, les fils de Mahmoud Abbas, l’homme qui devrait succéder à Yasser Arafat à l’issue de l’élection présidentielle du 9 janvier. Les fils n’auraient pas pris cette initiative sans le feu vert du père. Les choses continuent de bouger au Proche-Orient. Ce sera le grand sujet de 2005.

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