Ce matin, nous parlons de la Grèce, sans évoquer la crise. Le mariage gay, ou plutôt un pacte civil qui accorde aux couples de même sexe les mêmes droits que les couples mariés, a été adopté hier par la Vouli, le parlement, à une écrasante majorité : 194 députés sur 300. J'aurais bien voulu dire qu'il s'agit d'un beau cadeau de Noël pour les homosexuels grec, mais la Grèce est orthodoxe et l'on échange pas de cadeau à Noël chez les orthodoxes. Les cadeaux, c'est pour le 1er janvier, jour de la Saint Basile. Mais revenons sur ce PACS pour homosexuels. Contrairement à la France ou à l'Espagne, par exemple, il a certes été combattu par certains prélats de l'Eglise orthodoxe mais pas de manifestations monstres dans les rues, peu de protestations. Vous me direz : les Grecs ont autre chose à faire qu'à manifester contre le mariage gay. C'est vrai, mais ça ne raconte pas toute l'histoire. L'orthodoxie est une version du christianisme qui, par exemple, marie ses prêtres.

L'othodoxie est-elle plus libérale que le catholicisme ? Oui et non. L'orthodoxie grecque, puisque chaque Eglise orthodoxe est dite autocéphale, c'est-à-dire nationale et autonome, entretient avec la société une sorte de pacte de non-agression. On a toujours pu divorcer et se remarier religieusement en Grèce. L'Eglise est, par contre intransigeante sur son statut d'Eglise d'Etat. Aucune autre religion n'a droit de cité : pas de mosquées à Athènes, par ex., ni de cimetières musulmans. Une messe est dite à l'ouverture du Parlement et les popes sont payés par l'Etat. Grassement. Sans parler des privilèges fiscaux qui font de l'Eglise orthodoxe le 1er propriétaire foncier du pays. Mais revenons sur ce PACS pour homosexuels : c'est tout de même une première pour un pays orthodoxe. Or il y a d'autres pays orthodoxes en Europe. Roumanie, Bulgarie, Serbie, Ukraine... Ils sont une cinquantaine de millions et la Grèce a toujours tenu une place particulière, y compris pour la Russie. Vladimir Poutine n'a pas manqué en 2005 de se rendre au Mont Athos en pèlerinage. On pourrait donc se dire que le vote du Parlement grec dans ce contexte particulier de l'orthodoxie pourrait avoir valeur d'exemple pour les autres. Sauf, qu'encore une fois, chaque Eglise orthodoxe est autocéphale et veille jalousement à son indépendance.

Et puis il y a le référendum slovène où l'on retrouve d'ailleurs la distinction entre catholicisme et orthodoxie. Rappelons les faits : ce weekend, les Slovènes ont largement rejeté par référendum le mariage gay. Or la Slovénie est catholique. Comme la Croatie et la Slovaquie qui ont récemment modifié leur constitution pour définir le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme. Sans même évoquer la Pologne, catholique en diable, où la question ne se pose même pas. D'une façon encore plus générale, le mariage ou le PACS homosexuel dessine deux Europe : une Europe de l'Ouest qui l'adopte largement et parfois même par référendum, comme l'Irlande. Et une Europe de l'Est qui refuse, encore et toujours, cette évolution. Et, dans ce contexte, l'adoption par la Grèce d'un pacte civil pour les couples de même sexe est très important : la Grèce a toujours été un pont culturel et religieux entre Est et Ouest de l'Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.