L’Iran pourrait-il se siniser ? Avec ces élections de vendredi dernier qui ont vu les conservateurs remporter les deux tiers des sièges au Majlis, le Parlement national, c’est la question qui se pose à Téhéran car les difficultés sociales sont telles dans ce pays que la nouvelle majorité n’a pas d’autre choix, pour durer, que de tenter de concilier, comme en Chine, réformes économiques et dictature politique. Les chiffres sont là. Quelques 20% des Iraniens sont au chômage. L’inflation frise les 30% et 70% de la population ont moins de trente ans ce qui signifie que l’écrasante majorité de la jeunesse grandit ou aborde l’âge adulte sans espoir d’une vie décente alors même que l’Iran possède des réserves de gaz et de pétrole comptant parmi les premières du monde. Cette situation peut d’autant moins durer que l’une des rares réalisations du régime islamique a été le progrès de l’éducation, y compris pour les femmes. Les Iraniens comme les Iraniennes sont désormais des gens formés et avertis des problèmes. Ils savent que si leur pays est pauvre, c’est avant tout parce que les quatre cinquièmes de l’économie sont aux mains d’un régime qui ne sait pas la développer et qui a coupé l’Iran de l’économie mondiale en se mettant à dos les Etats-Unis et décourageant l’investissement étranger. Les conservateurs n’ont ainsi remporté qu’une fragile victoire. Ils ont gagné en interdisant les candidatures des réformateurs les plus en vue et suscitant une abstention de 70% à Téhéran et de près de 50% sur l’ensemble du pays. Non seulement ils sont franchement haïs en milieux urbains mais ils vont désormais concentrer tant de pouvoirs, le Parlement et le gouvernement en plus de l’armée, de la police, de la télévision et des instances religieuses de contrôle constitutionnel, qu’ils seront très vite exposés à un mécontentement général si le niveau de vie ne progresse pas. Dans la mesure où ils ne veulent pas lâcher de lest sur l’emprise religieuse et les libertés politiques, sur l’essence théocratique du régime qui garantit leur pouvoir, il leur faut donc procéder aux réformes économiques qu’ils ont empêché les réformateurs de mener à bien. Il leur faut faire – et beaucoup le prônent - ce qu’on fait les communistes chinois, laisser se développer l’entreprise privée tout en resserrant la vis politique, mais le peuvent-ils ? Ils disposent, pour cela, d’un atout de taille. Les Etats-Unis sont dans de telles difficultés à Bagdad que la Maison-Blanche, Georges Bush ou son successeur démocrate, sera toute prête à négocier avec les mollahs une reprise des relations économiques contre la neutralité iranienne en Irak. L’Europe est, elle aussi, prête à traiter avec les conservateurs au nom de la stabilité internationale. Une voie chinoise s’ouvre, c’est un fait, aux plus pragmatiques des mollahs mais la difficulté pour eux est que l’Iran n’a pas été assommé par la brutale répression de Tien An Men, qu’il est, au contraire, bouillonnant d’aspiration aux libertés et que le régime ne veut pas seulement conserver le contrôle du pays mais continuer à contrôler les comportements des individus. L’Iran n’est pas la Chine.

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