C’est une évidence si souvent constatée qu’elle en devient banale. L’Europe a perdu son élan. L’Europe va mal. La crise d’Airbus n’en est qu’un signe de plus, particulièrement désastreux, mais le paradoxe est que rarement, jamais peut-être, les convergences politiques entre ses Etats membres n’auront été aussi fortes. Même du temps où la locomotive franco-allemande tirait l’unification européenne vers des horizons toujours nouveaux, l’Allemagne et la France divergeaient sur la scène internationale. L’une suivait les Etats-Unis quoi qu’ils fassent ou presque. L’autre affirmait systématiquement son indépendance, gage d’une grandeur qui faisait, à l’époque, sourire à Bonn et quand Paris et Berlin, coude à coude, se sont opposés à la guerre d’Irak, l’Union n’était plus qu’un champ de bataille. Grande-Bretagne, Espagne, Italie et nouveaux pays membres d’un côté, Allemagne et France de l’autre, « vieille » et « jeune » Europe étaient alors à couteaux tirés tandis qu’aujourd’hui… Aujourd’hui, même la Grande-Bretagne se retire d’Irak après l’Espagne et l’Italie. Les pays baltes s’apprêtent à les suivre. L’Irak réunit l’Europe après l’avoir divisée mais ce n’est pas tout. Avant-hier, Tony Blair recevait Mahmoud Abbas. Venu chercher le soutien des capitales européennes à une reprise de l’aide internationale à son pays, le Président palestinien n’a guère eu besoin d’expliquer au Premier ministre britannique que le Hamas avait amorcé une évolution en acceptant de former un gouvernement d’union nationale et de « respecter » les accords déjà passés avec Israël. Contrairement aux Etats-Unis, Tony Blair en était tellement convaincu qu’il est allé jusqu’à saluer « les éléments les plus raisonnables du Hamas » en déclarant : « J’espère que nous pourrons progresser avec eux ». Non seulement c’était là la position de la France, de l’Allemagne, de toute l’Union, mais il l’a exprimée beaucoup plus directement encore qu’aucun autre pays européen. Désormais en rupture avec Georges Bush sur l’Irak, Tony Blair l’est également sur le conflit israélo-palestinien, dossier clé sur lequel toute l’Europe converge et diverge des Etats-Unis. Ce n’est pas rien mais, plus spectaculaire encore, il y a un consensus européen sur l’Iran qui pèse lourd dans cette crise. Ce n’est pas que l’Europe ait là une position tranchée, définitive. L’Europe observe l’Iran avec une inquiétude justifiée et n’est nullement prête à le laisser marcher vers la bombe mais elle ne veut ignorer ni les divisions au sein du régime iranien ni les premiers signaux d’apaisement venant de Téhéran. Grande-Bretagne comprise, l’Union se veut ferme sur les sanctions mais attentive aux possibilités de compromis et, contre les plus va-t-en-guerre de Washington, parvient à modérer, jusqu’ici, les positions de la Maison-Blanche. En panne et ne sachant plus comment s’en sortir, l’Europe, oui, malgré tout, s’affirme en acteur politique sur deux des dossiers internationaux les plus brûlants.

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