Les bonnes nouvelles, d’abord. Réunis, à Berlin, pour préparer le sommet international qui devrait lancer, dans cinq semaines, à Londres, de profondes réformes du système financier mondial, les Européens sont arrivés, hier, à des positions communes et moins timides qu’on aurait pu le craindre. Leur « relevé de conclusions », la liste, autrement dit, de leurs convergences, appelle à des « actions contre les paradis fiscaux et les juridictions non coopératives », à des « sanctions », est-il précisé, contre ces trous noirs de la finance qui non seulement permettent à de colossales masses d’argent d’échapper à l’imposition fiscale mais par lesquels passe également l’organisation de la corruption et des trafics les plus criminels. Ces conclusions appellent aussi à une « supervision et une régulation de tous les marchés, produits et acteurs financiers, y compris les fonds spéculatifs et les agences de notation », ces organismes privés, et jusqu’aujourd’hui, totalement incontrôlés, qui évaluent les risques et atouts des entreprises, des banques et même des Etats. Les Européens ont donc souhaité, par là, qu’on en sorte enfin de la surveillance des marchés par les marchés pour en revenir à un rôle déterminant de la puissance publique dans le contrôle des établissements et mouvements financiers, au rôle prééminent des Etats. Les Européens ont appelé, à cet effet, à un renforcement du rôle et des moyens financiers du Fonds monétaire international et Nicolas Sarkozy n’avait ainsi pas tort de déclarer, à l’issue de cette réunion : « Nous sommes tous bien d’accord. L’Europe veut la refondation du système », des « mesures structurelles », a-t-il insisté. Un pas vient d’être fait là, d’autant plus grand qu’il ne semble pas que la nouvelle administration américaine soit sur une longueur d’ondes différente de celle des Européens mais, outre que le diable est dans les détails, qu’il reste à passer des mots aux textes, la crise économique s’amplifie beaucoup plus vite que ne s’organisent ces convergences politiques. Aux Etats-Unis, la fragilité persistante des banques et de l’industrie automobile entretiennent le malaise boursier, non pas seulement la chute des cours mais aussi, la langueur de l’activité économique car les investisseurs, des plus petits aux plus gros, veulent éviter tout risque. En Europe, parallèlement, les nouveaux membres de l’Union, les pays d’Europe centrale, sont maintenant si durement touchés par le ralentissement de l’activité que leurs monnaies et leurs bourses dégringolent brutalement, menaçant leurs banques dans lesquelles les grandes banques d’Europe occidentale sont fortement engagées. Une nouvelle secousse menace l’Union et le moins qu’on puisse dire est que les 27 ne se hâtent pas de prendre la mesure d’un défi qui n’exigerait pas seulement d’eux une vraie coordination de leurs relances mais la définition, aussi, de politiques économiques et industrielles communes. Faute d’audace, l’Union pourrait connaître des moments difficiles, dans son tout comme dans ses parties.

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