Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce texte par lequel un groupe de diplomates a dénoncé hier, dans Le Monde, sous un pseudonyme collectif, « l’impulsivité », « l’amateurisme », « le manque de cohérence », « les préoccupations médiatiques » et « les considérations de politique intérieure » de la politique étrangère menée par Nicolas Sarkozy n’est que le signe le plus spectaculaire de la révolte contre l’Elysée qui gronde au Quai d’Orsay. Les diplomates français enragent de voir leurs avis négligés, leurs mises en garde écartées et leur connaissance du monde ignorée. Autant ils savent que, sous la V° République, la diplomatie est le domaine réservé du chef de l’Etat, autant ils n’admettent pas que, dans une improvisation et des zigzags permanents, toute la politique étrangère de la France soit élaborée et conduite par un homme seul, Nicolas Sarkozy, qui n’écoute, et encore, que son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, son conseiller spécial, Henri Guaino, et le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Le résultat en est à leurs yeux que « l’Europe est impuissante, l’Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ». Comme les magistrats et tant de militaires et de policiers, les diplomates en ont carrément assez d’un président qui les méprise et croit que le gouvernement de la France peut se réduire à des coups médiatiques mais, bien au-delà de cette révolte contre un homme, ils souffrent de voir l’influence française se réduire dans le monde. Or de cela, Nicolas Sarkozy n’est pas seul responsable. Le grand problème de la diplomatie française est qu’elle ne s’est toujours par remise de la fin de la Guerre froide, de cet affrontement entre deux blocs qui avait permis au général de Gaulle de replacer la France sur le devant de la scène internationale en affirmant son autonomie au sein du bloc occidental. La France y avait gagné un prestige et une audience à nuls autres pareils en faisant entendre une singularité qui avait fait d’elle un interlocuteur privilégié du Kremlin, une rebelle avec laquelle les Etats-Unis devaient compter et l’amie du monde arabe qu’elle avait séduit en étant la première à défendre les droits des Palestiniens. Cette diplomatie gaulliste fut l’atout de la France jusqu’en 1991 mais elle est devenue obsolète dès lors que la Guerre froide s’est achevée. Elle eut encore un grand moment, sous Jacques Chirac, avec l’affaire irakienne, mais il y a 20 ans que la France devait se réinventer une politique étrangère et, lorsque Nicolas Sarkozy s’y est attelé, ce n’est pas une nouvelle singularité qu’il a cherché à trouver. Il a, bien au contraire, rompu avec ce qui restait de la singularité gaulliste en rejoignant le commandement intégré de l’Otan et en reniant la politique arabe de la France. Le faisant, il s’est aligné sur l’Amérique au moment où l’Alliance atlantique perdait de son sens et a répudié la politique arabe au moment même où la France aurait pu en tirer les bénéfices grâce au soulèvement démocratique qui secoue le Maghreb et le Machrek. Plus encore que dans ses têtes-à-queues, c’est là qu’est son double tort – celui que les diplomates ne lui pardonnent pas.

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