Il n’y a pas eu que deux morts, hier, à Homs. Il y eut, on le sait, la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik, deux grands de la presse au courage inouï dont tout dit qu’ils ont été délibérément visés mais ce serait faire injure à leur volonté de témoigner envers et contre tout que d’oublier qu’ils n’ont été, hier, que deux des plus de quatre-vingt victimes tuées au vingtième jour du pilonnage de cette ville.

Il n’y a plus de mots pour dire ce qu’est cet enfer. Il n’y a plus d’adjectifs pour qualifier ce régime mais, au-delà de l’émotion, de la honte, de la rage, peut-on répondre, ce matin, à la question que Marie Colvin posait quelques instants avant d’être réduite au silence ? « How the world can stand by ? Comment le monde peut-il ne rien faire ? », demandait-elle de Homs et la réponse, accablante, est que le monde ne fait pas rien mais ne peut pas beaucoup.

Il ne se passe pas de jour, presque d’heure, sans qu’un dirigeant ou l’autre n’exprime son indignation. La semaine dernière, c’est à une écrasante majorité, plus de ¾ des voix, que l’Assemblée générale de l’Onu a appelé à l’arrêt de ce massacre et à l’organisation d’une transition démocratique en Syrie. Le monde n’est au moins pas indifférent mais, jusqu’aujourd’hui, la Chine et la Russie opposent le veto dont elles disposent au Conseil de sécurité à tout projet de résolution sanctionnant, condamnant, réprouvant même ce régime.

Elles le font car ces dictatures ne veulent pas que l’Onu prenne le pli d’aller défendre des peuples en lutte pour leur liberté et qu’elles craignent qu’une condamnation politique ne puisse bientôt mener à une intervention militaire. Or cette intervention que tout justifierait pourtant, il serait dangereux qu’elle soit menée sans l’aval des Nations-Unies, hors de la légalité internationale, car l’Onu, aussi imparfaite qu’elle soit, reste le seul et indispensable instrument de concertation et d’action multilatérales.

Le remède serait alors pire que le mal mais pourrait-on au moins livrer des armes aux manifestants syriens, de ne plus les laisser se faire massacrer sans moyens de se défendre ? Depuis mardi, la Maison-Blanche ne l’exclue plus totalement mais si les réticences restent grandes dans la plupart des capitales, c’est que ces armes ne suffiraient pas à faire tomber le régime syrien mais lui donneraient l’excuse qu’il attend pour franchir un nouveau pas dans la barbarie.

Moralement, l’affaire est limpide. Politiquement, elle est d’autant plus complexe que cette crise menace de se régionaliser à chaque instant en devenant un conflit ouvert entre les deux religions, sunnite et chiite, de l’islam. Alors ?

Alors la Croix-Rouge s’escrime à obtenir des trêves permettant un acheminement sécurisé de vivres et de médicaments. La Russie dit soutenir cet effort car elle sent le poids de l’opprobre. Demain, plus de 50 pays se retrouveront à Tunis pour tenter de faire plier ensemble Bachar al-Assad mais reste une question. Pourquoi ne manifeste-t-on pas dans toutes les capitales arabes et occidentales contre ce régime et ses complices russe et chinois ? Comment est-il possible qu’aucun parti n’y appelle pas là, maintenant, tout de suite alors que cela pèserait tant et que cette passivité est inconcevable.

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