Jour après jour, la population descend dans la rue pour réclamer le retour de la démocratie, malgré les morts du weekend et les menaces de l’armée. Le risque d’une répression sanglante est chaque jour plus grand.

Manifestation monstre lundi 22 février à Rangoon, plus massive encore que les jours précédents, pour réclamer le retour de la démocratie et la libération d’Aung San Suu Kyi, placée en résidence surveillée.
Manifestation monstre lundi 22 février à Rangoon, plus massive encore que les jours précédents, pour réclamer le retour de la démocratie et la libération d’Aung San Suu Kyi, placée en résidence surveillée. © AFP / STR / AFP

Trois semaines après avoir pris le pouvoir, l’armée birmane se trouve face à une situation imprévue : l’imposition de la loi martiale, les arrestations, les premiers morts, les menaces de plus en plus précises… rien ne réussit à stopper la population qui descend chaque jour dans la rue pour réclamer le retour à la démocratie et la libération d’Aung San Suu Kyi.

Dimanche soir, après un weekend au cours duquel trois manifestants ont trouvé la mort, l’armée a mis en garde les jeunes protestataires qu’ils risquaient leur vie. Lundi, il y avait encore plus de monde dans les rues de Rangoon et des grandes villes, en plus d’une grève générale de protestation.

Si les menaces et le début de répression ne marchent pas, quelle autre option les généraux ont-ils que de poursuivre l’escalade, sous peine de tout perdre ?

Sur Twitter, l’historien birman Thant Myinth-U écrit : « l’issue dans les prochaines semaines sera uniquement déterminée par deux facteurs : la volonté d’une armée qui a écrasé des révoltes par le passé ; et le courage, le savoir-faire et la détermination des manifestants. Rien n’est écrit ».

Cela signifie, de fait, que les interventions extérieures ne pèsent pas. Le processus politique enclenché depuis trois semaines en Birmanie ne laisse pas vraiment de place, à ce stade, pour les pressions extérieures. 

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis hier pour adopter le principe de sanctions contre les auteurs du coup d’État. Mais même s’il y a de gros intérêts financiers en jeu pour ces dignitaires militaires, il n’y a rien qui pourrait les faire reculer ; ils ont franchi le rubicon et doivent aller jusqu’au bout. La dynamique est interne, et elle n’est visiblement pas celle qu’avaient prévu les généraux. 

Pour le professeur Thant Myinth-U, le coup d’état était pour les militaires un simple « rééquilibrage institutionnel », puisqu’ils contrôlaient déjà les leviers essentiels du pouvoir. Mais en écartant Aung San Suu Kyi et son parti, sortis vainqueurs des élections législatives de novembre dernier, les généraux ont peut-être involontairement déclenché, selon cet historien, « un processus révolutionnaire ».

Après trois semaines de face à face quotidien entre une population déterminée et une armée qui ne peut plus reculer, il n’y a pas beaucoup de place pour le compromis. Difficile d’imaginer Aung San Suu Kyi sortir de sa résidence surveillée et accepter de nouveau de partager le pouvoir avec ceux qui ont voulu la renverser.

Mais surtout, les auteurs du coup d’État n’ont pas pris la mesure de l’émergence d’une nouvelle génération que l’on voit aux premiers rangs des cortèges impressionnants. 

L’histoire de la Birmanie est certes violente, avec une longue période de dictature militaire, des massacres comme les 3000 morts de 1988, des rébellions ethniques, d’autres drames plus récents comme l’expulsion des Rohingyas ; mais ces jeunes Birmans ne portent pas le poids de ce passé ; ils descendent dans la rue pour sauver un présent et un avenir soudain assombris par le coup d’État. Il serait tragique que la vitalité et l’énergie qu’ils dégagent, tombent sous les balles d’une armée qui n’a que trop pesé sur le sort de ce pays tourmenté.

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