Trente pour cent des sièges, 40%, voire plus encore - les sondages et les avis varient mais la certitude est que le Mouvement de la résistance islamique, le Hamas, s’apprête à entrer en masse au Conseil législatif palestinien au soir des élections d’après-demain. Une organisation responsable de plusieurs dizaines d’attentats suicides en cinq ans et dont la charte prône la destruction de l’Etat d’Israël va ainsi devenir une force politique majeure, légitimée par le suffrage populaire mais les perspectives de paix en sont-elles pour autant compromises ? A priori, oui puisque ce mouvement qui avait dénoncé les accords d’Oslo comme une trahison et ne veut officiellement rien d’autre qu’une Palestine s’étendant sur tout le territoire de l’ancien mandat britannique ne peut pas plus envisager un compromis avec Israël qu’Israël ne peut s’engager dans des négociations avec lui. A priori, le poids politique que va prendre le Hamas tue pour longtemps tout espoir de paix mais ce n’est pas là la seule lecture possible du tournant qu’imprimeront ces élections. Aux Etats-Unis comme en Europe, en Israël comme en Palestine, beaucoup de gens considèrent en effet que le fait majeur de ce scrutin n’est pas que les islamistes en sortent incontournables mais qu’ils aient décidé d’aller aux urnes, ce à quoi ils s’étaient jusqu’à présent refusés. Jusqu’ici, le Hamas considérait qu’il aurait mis le doigt dans un engrenage de reconnaissance d’Israël en siégeant à un Parlement, le Conseil législatif, dont la mise en place a été permise par les Accords d’Oslo, fruits d’une négociation avec les Israéliens et dont la finalité était la coexistence de deux Etats. Dans leur logique, les islamistes n’avaient pas tort et c’est précisément avec cette logique qu’ils viennent de rompre en présentant des candidats mais ce n’est pas tout. Depuis un an maintenant, le Hamas s’est à peu près tenu à la trêve que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lui avait demandé d’observer et le fait est que la destruction d’Israël, l’objectif qui figure toujours dans sa charte, aura été totalement absente de sa campagne électorale. Porté par l’usure, la corruption et l’impéritie du Fatah, du principal mouvement palestinien, celui de Yasser Arafat et, aujourd’hui, de Mahmoud Abbas, le Hamas ne pouvait plus se dérober aux élections sans se condamner lui-même. Il est comme happé par la réalité politique, absorbé par les institutions des Accords d’Oslo et, comme le Fatah dans les années 80, les islamistes n’ont déjà plus la lutte armée comme seule perspective sans avoir encore franchi le pas, loin de là, d’une acceptation du fait israélien. Toute la question est de savoir s’ils accéléreront leur mue après les élections ou s’ils utiliseront leur succès pour peser contre la paix mais, outre que les responsabilités finissent, en général, par responsabiliser, l’Egypte croit déjà pouvoir annoncer que le Hamas reconnaîtra Israël. Mahmoud Abbas table, lui aussi, sur cette évolution et les déclarations des responsables du mouvement deviennent d’une savante ambiguïté, bien préférable à la clarté de la charte - celle du « Mort à Israël ! ». Réponse dans les six mois à venir.

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