C’est contre tous les usages, cela constitue une telle ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain que l’esprit, au moins, de la loi internationale en est violé et, pourtant, les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne l’ont fait. A peine connus les résultats des élections serbes, ils ont unanimement appelé hier les « forces démocratiques », l’ensemble des partis pro-européens de Serbie, à se coaliser et laisser ainsi de côté le Parti radical serbe, la formation vestige de l’ère Milosevic arrivée en tête du scrutin avec 28,5% des voix. L’Union avait, là, ses raisons. La première est que les pays issus de l’ancienne Yougoslavie forment, avec l’Albanie, une poche, comme une île oubliée, au sein de l’ensemble continu que constitue désormais l’Europe des 27. Tant que ces pays n’auront pas été intégrés à l’Union, tant que leur intégration progressive n’aura pas transcendé leurs déchirements historiques et accéléré leur décollage économique, ils resteront l’abcès de l’Europe, une plaie menaçant à chaque instant de se rouvrir et, cela, les 27 ne le veulent pas. Ils veulent, au contraire, que la formation d’un gouvernement serbe résolument pro-européen permette de rouvrir le processus d’adhésion de la Serbie et que, dès les conditions en seront remplies, l’ensemble des Balkans occidentaux rejoigne une Europe débarrassée par là de tout foyer de tension. Cette seule raison aurait suffi à expliquer l’empressement de l’Union à s’ingérer dans la politique serbe mais il en est une autre, bien plus forte encore. Depuis que les bombardements de l’Otan, en 1999, ont forcé Belgrade à retirer ses troupes du Kosovo, cette province serbe peuplée à 90% d’Albanais est en suspension juridique. Sous administration internationale, elle demeure juridiquement serbe mais sa population veut l’indépendance et la Serbie n’y a plus aucun poids. Il faut résoudre le problème et, si aucun parti serbe n’accepte l’indépendance du Kosovo, il sera moins impossible de trouver un compromis avec une coalition pro-européenne qu’avec un gouvernement dominé par le parti radical. Vendredi prochain, le médiateur nommé par l’Onu, le Finlandais Martti Ahtisaari, doit présenter ses propositions. Le mot « indépendance » sera évité mais, capacités de Défense exceptées, les institutions provinciales devraient se voir dotées des attributs d’un Etat souverain tandis que les municipalités serbes garderaient des liens avec Belgrade dans les domaines de l’éducation ou de la santé, que les monastères orthodoxes seraient protégés par des zones non constructibles et qu’une présence européenne serait maintenue. C’est un arrangement provisoire, bancal, ouvrant la voie à une indépendance mais suffisamment alambiqué pour qu’un gouvernement serbe pro-européen ne s’y oppose pas vent debout et que la Russie n’ait ainsi pas de motif de le bloquer au Conseil de sécurité. Derrières ces pressions européennes, c’est une double et grande partie qui se joue.

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