On sait ce qu’est Guantanamo. Dans cette base militaire dont ils disposent en territoire cubain, donc hors du champ d’application des lois américaines, les Etats-Unis ont crée un complexe carcéral où sont détenus des « ennemis combattants illégitimes», prisonniers faits principalement en Irak et en Afghanistan, dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Au motif, totalement discutable, que ces hommes ne relevaient pas d’une armée régulière et ne combattaient pas dans un conflit déclaré, les Etats-Unis ne leur reconnaissent pas les droits garantis aux prisonniers de guerre par les conventions internationales. Le bénéfice du droit américain leur étant aussi dénié, ils n’en ont longtemps eu aucun, laissés à la simple disposition de leurs interrogateurs, libres, eux, de recourir aux simulacres d’exécution, menaces de viols, étouffements, positions contraignantes, privations de sommeil, expositions permanentes à des températures très basses ou très élevées. On savait tout cela. On savait que l’Amérique foulait, à Guantanamo, tous les principes du droit, ceux-là mêmes qui l'ont fondée, mais Robert Badinter vient de rendre cette oubliette encore plus inacceptable et odieuse en publiant, hier, dans Le Monde , le mémoire qu’il a rédigé en faveur de l’un de ces détenus, Omar Khadr. A l’été 2006, ce vide juridique avait fini par causer un tel scandale aux Etats-Unis mêmes que le Congrès avait institué des « commissions militaires », tribunaux et avocats militaires, chargées d’enfin juger ces hommes.Effarés par ce qu’ils découvraient, ces avocats, des officiers, ont fait appel à l’ancien Garde des sceaux, un homme de prestige international, pour les aider, comme conseil, en « amicus curiae », en ami de la cour, à défendre ce détenu. Voici son histoire. Né au Canada en 1986, Omar Khadr avait 11 ans quand son père, d’origine afghane, installa toute sa famille en Afghanistan et envoya ses fils, dont le jeune Omar, dans des camps d’entraînement militaires d’al Qaëda. Le 27 juillet 2002, à 15 ans, Omar participe à un combat contre l’armée américaine. Il est blessé, fait prisonnier et envoyé à Guantanamo au mois d’octobre suivant. Il a combattu pour al Qaëda, la chose est claire, mais lorsqu’on a été enrôlé à 11 ans, par la volonté d’adultes, qu’est-ce qu’on est ? « Un ennemi combattant » ? Non, répond Robert Badinter, on est un « enfant soldat », comme ceux du Liberia, de la Sierra Leone ou du Cambodge, avant tout une « victime » martèle ce mémoire qui rappelle que les juridictions internationales n’ont jamais poursuivi d'enfants soldats mais ceux qui les avaient enrôlés de force. Citoyen canadien, conclue Robert Badinter, Omar Khadr relève des juridictions canadiennes pour mineurs et certainement pas des traitements qui lui ont été infligés. Tous les détenus de Guantanamo ne sont pas des enfants soldats mais « ce n’est pas faire injure à la grande démocratie américaine, dit ce mémoire, que de rappeler que la cause de la liberté ne se défend jamais en violant les principes de la liberté ».

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